lundi 12 novembre 2007

Destin d'un livre

Il y a ceux qui osent à peine m'écarter les pages de peur de me casser le dos. Il y a ceux qui m'ouvrent pleinement, généreusement et qui me sentent, pour s'imprègner de mon parfum, de l'odeur de ma peau. Il y a ceux qui me rangent aussitôt après m'avoir acheté. Il y a ceux qui me recouvrent d'un film plastique pour me protéger.

Il y a ceux aussi qui me gribouillent, m'annotent, me stabilotent. Il y a ceux qui me lisent, et me lisent encore. Il y a ceux qui m'ont ignoré, ne m'ont jamais touché, jamais ouvert. Il y a ceux qui m'offrent, ceux qui me volent, ceux qui me reçoivent. Il y a ceux qui me prennent dans leur lit, ceux qui me préfèrent dans les transports en commun, à l'ombre d'un arbre en été, à la plage ou à la terrasse d'un café. Il y a ceux qui me redécouvrent un jour de pluie. Il y a ceux qui me tiennent serrer contre leur poitrine dans leur poche de veste. Il y a ceux qui me mettent dans leur sac entre le maquillage et le chewing-gum à la chlorophylle. Il y a ceux qui laissent leur odeur sur moi : cigarette, parfum, déodorant, humidité. Il y a ceux qui cornent mes pages lorsqu'ils me referment. Il y a ceux qui me revendent. Il y a ceux qui me tâchent. Il y a ceux qui me dévorent. Il y a ceux qui me laissent prendre la poussière. Il y a ceux qui m'essuient, me soignent, me réparent. Il y a ceux qui m'arrachent, me plient, me tordent, me déchirent. Il y a ceux qui me jettent avec leurs filtres à café et leurs pots de yaourt. Il y a ceux qui me mettent dans des cartons. Il y a ceux qui me classent, me déplacent, me cachent. Il y a ceux qui me prêtent, m'échangent, m'oublient. Il y a ceux qui m'avortent, m'ignorent, me renient. Mais il y a ceux qui me vénèrent, m'honorent et me respectent. Il y a ceux qui parlent de moi et il y a ceux qui essaient de le faire. Il y a ceux qui me mentent.

Il y a ceux qui me créent. Il y a ceux qui me nourrissent.

Et il y a les autres...

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