Comme tous les suédois (il me semble), Stig Dageman voit la vie en noir et blanc, marié, dépressif, désespéré et suicidaire.Comme tous les américains (il me semble toujours), Charlie voit la vie en couleurs sur un écran géant. Célibataire, béotien, bien dans sa peau.
Stig et Charlie sont riches, raisonnablement célèbres et partagent le goût pour les voitures ou le jeu.
Pour Dageman, il paraît que notre besoin de consolation est impossible à rassasier.
Pour Charlie, il paraît que c'est notre besoin de fornication qui est impossible à rassasier.
Si seulement ces deux-là avaient pu se rencontrer... Peut-être que le pauvre Stig n'aurait pas été jusqu'au bout de son amour pour les automobiles.
La consolation de Charlie, justement, c'est d'appliquer consciencieusement, dans la vie, la règle des 3B*. En cela, ce cher Stig avait certainement raison, il y en a qui ont trouvé une consolation définitivement apaisante, absolue, mais il faut bien le dire assez fallacieuse. Le genre de consolation que Stig n'approche qu'occasionnellement et de manière somme toute éphémère.
Charlie, il s'en fout un peu de tout ça : la mort, l'écriture, la liberté. Lui, il porte des chemises cool en lin, des shorts avec des chaussettes blanches et des chaussures bateaux, Il vit dans une belle maison à Malibu, avec vue sur la mer et voisine nympho. Bon, d'accord, depuis que son frère a débarqué chez lui après un mariage raté, c'est sûr que c'est moins la fête tous les soirs. Surtout quand son gros gamin de 10 ans vient une semaine sur deux. Mais, Charlie, il s'en fout encore un peu. Il va en profiter pour apprendre plein de gros mots à son neveu et lui montrer que dans la vie, pour être heureux, il suffit simplement de s'en tenir aux 3B.
Un soulèvement de sourcil. Un pincement de lèvres. Une vanne. Telle est la parfaite harmonie de Charlie. Pas la peine de se triturer le ciboulot de questions existentielles comme chez le bouffeur de Krisprolls. Une bouteille de vodka suffit.
C'est vrai qu'on se marre bien chez Charlie (enfin jusqu'à la saison 3), et c'est d'ailleurs une consolation largement suffisante qui permet sans doute de lire ce cher Stig sans avoir à se soucier de chercher, une fois sa lecture terminée, "une consolation qui soit plus qu'une consolation".
Mais c'est vrai aussi que je ne suis qu'une buse qui trouve de la consolation un peu dans tout et n'importe quoi.
Stig Dagerman, Notre besoin de consolation est impossible à rassasier, Actes sud
(encore merci à Bartleby! Allez voir sa notule pour une vraie et pertinente analyse du texte)
Chuck Lorre et Lee Aronsohn, Mon Oncle Charlie, coffret des saisons 1 et 2 chez Warner Home Video
Note : La règle des 3b, plus qu'une hygiène de vie, est une véritable philosophie qui demande abnégation, patience et pratique quotidienne. A l'origine, ce courant de pensée se définissait par les 3 actions suivantes : Boire, Baiser, Buller. Mais depuis l'avènement du post-modernisme et du capitalisme sentimental, il est fort possible, semble-t-il, de remplacer l'un de B par Bouquiner. Certains y voient alors une espèce de dialectique hégélienne.
1 commentaires:
En tant que post-moderne (je viens de naître), je propose de ne remplacer aucun des 3 B, mais d'en rajouter un 4ème. BBBB. En plus, cela tue Hegel et ça c'est bien.
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