mercredi 12 décembre 2007

D&co

La décoration d'appartement est une étape importante dans la vie d'un homme (et encore plus dans celle d'un couple) et demande une véritable réflexion. On ne voit pas un individu accrocher, sur le mur juste au-dessus de son écran plasma, une mauvaise reproduction d'un classique de la peinture moderne sans une réelle conviction de choix qu'il puisse ouvertement justifiée à qui viendrait dans son salon si peu accueillant pour prendre l'apéro.

Ainsi, untel affirmera son goût pour la musique contemporaine en présentant une partition sous verre, un autre sa passion pour le jazz qu'il n'écoute pas mais dont l'imagerie semble en quelque sorte définir l'atmosphère qu'il aimerait créer chez lui. Il faut dire que le choix est crucial car il atteste non seulement d'un plus ou moins bon goût mais surtout, le choix de cette décoration, qui reflète cette part de soi-même réifiée, est la première chose sur laquelle un étranger, une personne extérieure à ton intérieur va te juger. Certains, d'ailleurs, ont si bien assimilé cette idée qu'au lieu d'accrocher un cadre, une affiche, ou une peinture d'un artiste local sans talent, offrent en spectacle leurs étagères dégueulant de bouquins qu'ils n'ont pas lus mais qu'ils exposent comme des bibelots soulignant clairement leur besoin d'affirmer leur appartenance à une certaine élite qui n'a d'intellectuelle que le nom. Je n'ai pas lu Proust encore moins les Fleurs du Mal mais si tu viens dans mon salon, tu peux être sûr d'y trouver les éditions les plus luxueuses que tu réves d'avoir mais que tu ne pourras jamais te payer. Forcément en grand format, puisque tu dois bien voir qu'à côté d'A la recherche, c'est bien l'intégrale de Balzac. C'est clair, ça fait pitié à côté de tes Folio.

Ce problème, de savoir quelle décoration correspond à mon moi profond, à l'image que j'aimerai renvoyer à mes hôtes, je me le pose depuis plusieurs années, bien avant que les émissions dominicales de décoration deviennent incontournables, incapable de choisir entre deux photos.

Suis-je :




Ou plutôt:

Tu remarqueras au passage une petite ressemblance entre ces 2 clichés.

Admettons que je choisisse Brel, Brassens et Ferré, c'est l'assurance de ne pas tomber dans une certaine originalité qui pourrait effrayer une rencontre d'un soir. Cela garantit à coups sûrs que nous sommes chez quelqu'un qui a un certain goût pour les lettres, pour la langue française, pour les mots, pour la discussion. On imagine bien la photographie encadrée au dessus d'une cheminée, l'accordéon posé dans un coin, les bouteilles de vin dans un autre. On a envie de s'asseoir. De taper le carton ou de faire un scrabble. On se sent chez soi.

Mais c'est aussi ouvertement dire à l'invité qu'il ne trouvera aucune extravagance en ces lieux mis à part ton chat qui louche à qui tu as donné le nom de Georges ou un truc comme ça. En d'autres termes c'est avouer que tu n'es pas ce genre de type qui couche le premier soir. Ton truc à toi, c'est le contact humain. Tu préfères d'abord parler autour d'un bon verre jusqu'au bout de la nuit, écouter un peu de musique, frôler une main, un genou, faire connaissance, quoi, et cacher honteusement que tu n'as pas vu une fille nue depuis au moins 2 ans. Mais bon, au moins chez toi, on s'y sent bien, on aime ta complicité, ton mode de vie (car oui, tu tries tes ordures et tu manges bio).

Tout le contraire de la seconde photographie qui met en avant ton côté rock and roll, un peu excessif du type qui sait que s'il ramène une fille à la maison c'est que ce n'est pas pour discuter poésie. Tu sens la sueur mais tu t'en fous. Le vin remplace la bière et les trois cendriers qui sont posés sur la table basse, jonchée de vieux Rock and Folk et d'un bouquin en anglais sur Dylan, débordent de cendres et de mégots. En outre, juste en dessous de cette photo, on découvre une superbe platine vinyle assez vintage, à côté de laquelle seraient religieusement classés les éditions originales de Bowie, des Stooges, de Led Zep, de Lou Reed et du Velvet.

Que choisir alors? Suis-je le genre de type qui porte des chaussons et passe ses soirées en robe de chambre à écrire, discuter en dégustant du vin de qualité? Ou suis-je ce type qui descend une bouteille de Glenlivet en écoutant The Quine Tapes et qui ramène des conquêtes d'un soir ?

Putain, c'est sûr, j'aurai du choisir Techtonik...

5 commentaires:

Bartleby a dit…

Beau texte ! ça me rappelle une anecdote racontée par mon libraire : un jour, une bonne femme rentre chez lui et lui demande 2m 60 de Pléiade. Il ne comprend pas et lui demande ce qu'elle veut comme auteur. Elle de répondre : "Peu importe, c'est pour remplir ma nouvelle bibliothèque." Il m'a confié avoir hésité à l'envoyer chier, mais bon, ça faisait une somme énorme...

La buse a dit…

ça, c'est de l'anecdote!

Les crétins sont en effet prêts à tout pour s'acheter de la culture, il y a même un magasin agitateur de neurones qui s'en est fait sa spécialité en vendant des trucs nases à prix fort.

harry belane a dit…

t' es tu lancé a corps perdu dans cette satanée Tecktonik, vu que tes posts se raréfient? La Buse revient parmi nous !
http://pulp.blogs.courrierinternational.com/

Bartleby a dit…

Où est la buse ?????????????

La buse a dit…

Je vous lis, je vous lis et j'essaie de faire un truc sur Bolano et un autre sur les Fiery Furnaces, mais je n'y arrive pas, alors j'écris rien...