dimanche 21 octobre 2007

Tout le monde aime Raymond


Si tu vas à cette adresse, tu trouveras le blog de Federman : http://raymondfederman.blogspot.com/

Traduction d'une notule du blog de Raymond Federman


A PROPOS DE LA PREMIÈRE FOIS OU L'HOMME S'EST MASTURBE



On peut se demander ce que le premier homo sapiens a dû penser (si toutefois il le pouvait) ou faire (probablement) quand il se réveilla une nuit, dans sa grotte encore plongée dans l'obscurité, et qu'il glissa l'une de ses mains sous son slip crasseux en peau de bête pour atteindre une érection inopinée (certainement pas la première, ou du moins la première qu'il chercha véritablement à atteindre) et qu'il se mit à la toucher, la ressentir, la presser, la secouer jusqu'à ce qu'il se contorsionnât de plaisir sur sa couche puante en mousse et qu'il commençât à crier épris d'une sensation toute nouvelle, sensation à laquelle il n'était pas encore capable de donner un nom ou une explication mais qu'un homo sapiens français appelerait bien plus tard "jouissance".



Oui, on doit se demander ce que ce premier être, appartenant aux nouvelles espèces des erecti, a bien pu ressentir avant de trouver la voie du plaisir du pauvre con qui tient sa chose dans la main. Qu'a-t-il fait? A-t-il crié? Ri? A-t-il fondu en larmes? Ou s'est-il simplement levé, dans l'obscurité totale de sa grotte et encore tout chamboulé par les effets de la petite mort, pour crier à tous ses potes des cavernes : "Hé, les mecs, réveillez-vous! Vous n'allez pas croire ce que je viens de découvrir! C'est incroyable!"



Et, on peut se demander encore ce qui a pu, dans l'obscurité de la grotte, se passer la nuit suivante, quand tous les hommes des cavernes glissèrent, à leur tour, leur main dans leur slip en fourrure pour trouver ce que le premier d'entre eux avait récemment découvert.

Bien sûr, on peut se demander aussi ce que les femmes des cavernes, elles, ont fait ou ce qu'elles ont dit quand le premier homme de la tribu s'est mis à crier au beau milieu de la grotte plongée dans l'obscurité.

samedi 20 octobre 2007

dogsareeverywhere


Dogs are everywhere almost everywhere that I go

They have too much and then

They have too much again and then more

They leave their scent behind them everywhere they go

Oh dogs are everywhere that I go

Oh dogs are everywhere almost everywhere that I go

They have too much and then they have too much again and then more

They leave their scent behind them everywhere they go

Oh dogs are everywhere yes dogs are everywhere yes dogs are everywhere that I go

They always wag their tails at all the pretty girls and older women

They find their own way in and they rip up everything that I believe in

Sometimes I have to wonder about the dog in me

Oh dogs are everywhere yes dogs are everywhere, yes dogs are everywhere that I go

They get down on all fours when you walk through the door

They whine and beg around your feet like a dog for something sweet

They sink their teeth in you, they're tearing you in twoRemains are buried out of doors

Oh I want some more

I want some more

Sometimes I have to wonder about the dog in me

Oh dogs are everywhere yes dogs are everywhere oh dogs are everywhere that I go

Sometimes I have to wonder about the dog in me

Oh dogs are everywhere yes dogs are everywhere

Yes dogs are everywhere that I go that I go, that I go, that I go

Everywhere, everywhere, everywhere, everywhere

Dogs are everywhere.


Jarvis Cocker

5 vhs à retrouver dans ton grenier






1) Starfighter
2) Howard
3) Dar l'Invincible
4) Mad Mission 2
5) Les tueurs de l'éclipse

De l'art d'être cinéphile



Lorsque tu as acheté l’intégrale de Bergman pour une somme déraisonnable chez l’agitateur de culture, tu as eu, en déposant le coffret près de la caissière au gilet vert que tu avais repéré dès ton entrée dans le magasin, la satisfaction immédiate de te sentir appartenir au cercle privilégié des vrais cinéphiles, ceux pour qui le cinéma bande encore et qui ont leur carte d’adhérent Fnac. Evidemment, le coffret en soi te suffit à témoigner de ton indubitable bon goût. Inutile de visionner les films. Tu as pris soin cependant de décellophaner un à un tous les dvd réunis dans le gros boîtier en carton. Il suffira ensuite que tu le mettes bien en évidence sur une des étagères Ikea de ton salon pour attester le fait que tu n’es pas un spectateur comme les autres. Signe extérieur d’une culture raffinée, ta bibliothèque, ta discothèque et ta dvdthèque ne sont uniquement composées de pièces approuvées, certifiées, digérées par une certaine presse culturelle à laquelle tu es abonné.

Dès lors, ta collection, il faut bien l’avouer, devient aussi ennuyeuse que toi.

Jusqu’au jour où tu mettras en scène ton propre suicide culturel en allant louer, au distributeur automatique de vidéos en bas de chez toi, le dernier Van Damme.

Tu te réveilleras le lendemain avec ce sentiment étrange et diffus des matins de gueule de bois lorsque tu découvres, encore endormie dans un de tes t-shirts vintage, la pétasse en string que tu as levée en boîte la veille.
Tu refuseras catégoriquement d’admettre que tu as pris du plaisir, et pourtant, tu en as pris.

La raison ? C’est certainement que, depuis quelques temps, Jean-Claude est en train de devenir un acteur de grande qualité. Que le poids des années et des excès ont fini par dessiner un corps fascinant.
Evidemment, avec nostalgie, tu regardes les premiers métrages du belge, jusqu’à son fameux pétage de plombs (en gros de Double Impact en 1991 jusqu’à Double Team en 1997). Et reprends ton visionnage à partir de Replicant (2001),

En à peine 5 ans, dis-tu fièrement, Jean-Claude a joué dans 4 grands films : Replicant, In Hell, L’Empreinte de la Mort et Until Death. En mettant de côté la réalisation plus ou moins heureuse des métrages, tu apprécies sincèrement les vrais talents d’acteurs du bonhomme.
Que ce soit dans Replicant (2001), où il n’hésite pas à jouer de son image ou dans In Hell (2003), où il met en place les prémisses d’un jeu torturé, tu te rends rapidement compte que tu es en train d’assister à une révolution : celle d’un homme lynché par les médias français qui devient véritablement acteur.

Dans la scène très poignante de la mise à mort de sa femme dans l’Empreinte de la Mort (2004), on découvre ainsi un Van Damme maniant avec excellence la palette des sentiments pour finir dans un torrent de larmes déchirant.
De même, dans son dernier en date, Until Death (2007), JC joue le rôle d’un flic cocaïnomane tout en finesse. Il arbore dans le film un look vraiment très travaillé avec pâtes de vieux rocker, barbe de deux jours et cheveux gras qui viennent souligner habilement l’animalité qui se dégage de son jeu.

Alors, peut-être que tu vas commencer à en parler autour de toi, à intellectualiser mollement l’œuvre de Jean Claude, à virer le coffret Bergman (dont tu ne comprends pas bien les films) de ton étagère et à exposer avec fierté, le collector d’Universal Soldiers (1992). Il te suffira, penses-tu, de quelques semaines pour faire le tour de la filmographie de l’acteur belge. Problème : ton coffret Bergman te prend de la place et tu te dis que, de toute façon, tu ne regarderas pas deux fois Persona. Alors, un samedi après-midi, tu iras le revendre chez Cash Converter pour une dizaine d’euros avec lesquels tu iras t’acheter Légionnaire (1998).
Mais, cette fois, tu ne passeras pas à la caisse de la fille au gilet vert qui t’avait tant plu autrefois.

vendredi 19 octobre 2007

Y-a-t-il des alcools de droite?

A défaut de pouvoir trancher la question de savoir en quoi consisterait une littérature de droite, tu te dis que quand même y'a bien un truc qui doit l'être: le whisky coca.
Quelle boisson alcoolisée peut rivaliser avec l'inanité culturelle de ce subtil breuvage? Le whisky coca est, te dis-tu, la boisson de la France des Z'amours et d'Attention la marche, celle du vendredi soir qui va chez Auchan. Le cocktail zéro prise de tête que tu serres à tes potes dans les verres qu'on t'a offert au Quick. Dans la Rabatteuse (1977), un x d'auteur avec Brigitte Lahaie, il y a une scène vraiment pertinente où avant de passer à l'acte, le héros demande à une certaine comtesse ce qu'elle désire boire. La bourgeoise répond alors, avec tout le chic qui lui est sien, et juste avant de se faire défoncer le cul : " un whisky coca, très cher". Curieux héritage d'une France encore giscardienne qui, depuis l'achat d'une Renault 25 neuve en 1992, a dû, elle aussi, le temps d'une semaine de vacances estivales à Saint-Tropez, croire appartenir à la classe supérieure.

Satisfait, tu te lances maintenant dans une liste à n 'en plus finir.

Un vin de Bordeaux: de gauche, assurément.
Un vin d'Alsace : De droite
La Suze : de gauche
Malibu Coco : De droite
Picon Bière : De droite
Le ricard : de droite
Porto : de gauche
Get 27 : de droite
La bière blonde : de gauche
La bière brune : de droite

jeudi 18 octobre 2007

Y-a-t-il une littérature de droite?

L'autre jour, dans un journal un peu mieux écrit, t'as pu lire qu'il existait des écrivains dits de gauche et des écrivains dits de droite, c'est-à-dire, d'après toi, des écrivains dont on doit encenser la moindre palabre sous peine de passer pour un facho et d'autres dont on doit honteusement taire les lectures sous peine de passer pour un facho. Mieux vaut en somme être un mauvais écrivain de gauche qu'un bon écrivain de droite. Et encore, tout cela a-t-il véritablement un sens? La littérature a-t-elle à ce point besoin d'être politisée?
Bon, c'est vrai, t'as raison, tout ça n'a de sens que depuis la Révolution, c'est-à-dire depuis que les notions de droite et de gauche ont elles-mêmes véritablement un sens. De ce fait, tu te dis que toute la littérature, avant l’Assemblée Constituante de 1789, lorsque les partisans du veto royal choisirent de siéger à droite de l’Assemblée tandis que ses adversaires prirent place à gauche, était de droite. Et alors? Alors, rien, t'es pas plus avancé.
Tu te dis aussi que c'est pas parce que t'es un écrivain de droite que ton bouquin contient forcément une idéologie de droite. C'est pas faux, c'est vrai que ce sont plus les écrivains de gauche qui publient des livres à thèses ou en tout cas des écrits où la couleur du partie est clairement affichée. C'est vrai, tu l'as entendu l'autre jour à la télé. C'est vrai aussi, te dis-tu en souriant, que ce ne sont pas non plus les moins chiants.
Tu te demandes alors quoi faire d'un type comme Aragon dont tu dirais bien que c'est un écrivain de gauche qui fait des bouquins de droite?
Tout commence à devenir un peu flou alors pour toi. Incapable de mener un raisonnement à terme, tu commences sérieusement à douter de toutes tes lectures, à redouter ce moment où tu sortiras ton livre de ton sac à dos dans le métro, à flipper au moindre regard inquisiteur du quidam de la rame d'en face, à justifier tes lectures auprès de tes potes, forcément tous de gauche. Mais tu oublies simplement une seule chose :
c'est que tu ne lis pas.

mercredi 17 octobre 2007

5 films avec Will Ferrell


1) Une nuit au Roxbury

2) Ricky Bobby, roi du circuit

3) Les rois du patin

4) Serial noceurs

5) Zoolander

Attention




Il paraît que tu veux te lancer dans la lecture de A la recherche du temps perdu?
Alors, ça avance?


Comme pour mieux fuir ce moment fatidique de la première page où tu scelles cet acte d'engagement solennel avec toi-même qui t'interdit d'être démissionnaire, tu t'es tourné ailleurs.

Attention de Heather Lewis.


Se plonger dans le livre de Lewis est, à vrai dire, aussi plaisant que lire la dernière lettre d'un suicidé. Tu sais, celle qu'il laisse sur une table avant de se donner la mort à côté de la boîte de Xanax, ou que tu trouves sous son corps pendu. Enfin, pas tout à fait, puisque la dernière lettre du premier inconnu qui se pend doit être aussi intéressante qu'un poème d'un ado gothique.
Non, ce qu'il ne faut pas oublier, c'est que, malheureusement, l'auteur qui nous intéresse ici s'est vraiment donnée la mort en 2002 à l'âge de 42 ans. Attention, qui porte donc bien son titre, en est la funeste annonce.

De l'héroine, on ne sait pratiquement rien. Ou alors seulement qu'elle a un boulot, une chambre chez des parents récemment partis en voyage, mais qu'elle fait tout pour ne pas y retourner le soir après une journée de travail. Ce sont d'abord des nuits à se faire payer des verres dans un bar, puis des passes, dehors, sur le parking, dans des voitures. Peu à peu, elle commence à avoir ses réguliers. Comme cet homme qui l'emmène chez lui, maison de banlieue avec piscine, vodka et femme au foyer. Il lui offre la chambre de sa fille, elle met ses fringues, dort dans le lit de la petite, elle fume, elle boit, regarde l'eau de la piscine par la fenêtre. C'est l'automne qui commence. Quand il rentre du travail, il lui demande de faire des trucs ou l'oblige à le regarder baiser sa femme violemment. Elles se rencontrent sexuellement, et partagent leurs orgasmes mais elle ne peut, à son plus grand regret, échapper au plaisir de sa bite à lui.

Tout est froid, distancié, douloureux. Aucune trace de plaisir dans le sexe. Chaque orgasme l'emmène peu à peu vers sa propre destruction.

Attention est, si l'on ose la formule journalistique insignifiante, une cartographie d'un esprit qui souffre. D'une douleur psychologique si intense qu'on se doute bien que tout est déjà perdu d'avance. On pense beaucoup au fil des pages au Mulholland Drive de David Lynch. L'écriture de Lewis est froide, violente, neutre et détachée de tout pathos embarassant, de toute vulgarité, prisonnière d'une certaine culpabilité, elle n'est au fond qu'un appel au secours étouffé que tout le monde refuse d'entendre. Une mise à mort à laquelle tu assistes avec impuissance.

dimanche 14 octobre 2007

Critique de la faculté de juger


A boulie.



"Alors, qu'est-ce que tu penses, toi, du bouquin de Zadie Smith?" ils te demandent ces drôles de types avec leur petit pull en laine en col V ouvert sur une chemise blanche de grande marque.

Mais toi, tu sais même pas qui c'est Zazie Smith... Alors, tu reprends une gorgée de vin, histoire de te donner une contenance et te lances dans un je-ne-sais-pas-trop-je-ne-l'ai-pas-encore-terminé, heureusement rattrapé par la remarque d'un de tes voisins, celui qui porte les lunettes à grosses montures noires, et qui dit : "j'ai lu en avant-première les premières lignes du dernier Modiano, c'est surprenant, je me demandais comment il aurait bien pu revenir à l'écriture après Un pedigree." Ah! Celui-là, tu l'as lu. Il est écrit gros et c'est pas long. Mais tu ne vois pas très bien ce que tu vas bien pouvoir dire dessus, en plus, il ne fait pas partie de cette fameuse rentrée littéraire. Ça sert à rien d'en parler. Alors, comme tout à l'heure, tu reprends un peu de vin et tu souris poliment quand ils commencent à parler des différents emplois du "je" chez Modiano. T'aimerais bien leur dire que tu as lu 99 francs avant d'aller le voir au ciné et que ce n'était pas terrible mais tu t'aperçois que ton verre est vide. Alors tu t'éloignes
Tu sais simplement que tu es trop lâche pour être intellectuellement malhonnête. Ca serait facile pourtant. Tu en es capable. Allez, un petit effort.


Hier, encore.


Te souviens-tu quand tu as hésité, à la librairie, entre l'achat de l'édition poche de Du Coté de chez Swan et celle de l'intégrale de A la recherche du temps perdu? Tu as choisis naturellement le poche. Angoissé à l'idée de ne jamais réussir à terminer l'intégrale. Arriveras-tu au moins jusqu'au bout du premier tome? Le commenceras-tu?


Et après?


Qu'en diras-tu? Tu vas créer un blog pour en parler? Dire que, quand même, c'est vachement bien.

Et puis c'est tout.
Alors, pour remplir tes pages, tu parleras de rien sur des choses que tu as pu voir, entendre ou lire.

Et tu comprendras...