jeudi 29 novembre 2007

Blague de prof

Consigne :

1) Allez sur le site de l'anpe


2) Cliquez sur "rechercher des offres d'emploi"


3) Tapez "rien"

A partir de cette recherche, vous réaliserez un texte argumentatif n'excédant pas les 10 pages sur la déliquescence du système éducatif
français.


mercredi 28 novembre 2007

Faut-il être suédois?

Comme tous les suédois (il me semble), Stig Dageman voit la vie en noir et blanc, marié, dépressif, désespéré et suicidaire.

Comme tous les américains (il me semble
toujours), Charlie voit la vie en couleurs sur un écran géant. Célibataire, béotien, bien dans sa peau.

Stig et Charlie sont riches, raisonnablement célèbres et partagent le goût pour les voitures ou le jeu.

Pour Dageman, il paraît que notre besoin de consolation est impossible à rassasier.
Pour Charlie, il paraît que c'est notre besoin de fornication qui est impossible à rassasier.

Si seulement ces deux-là avaient pu se rencontrer... Peut-être que le pauvre Stig n'aurait pas été jusqu'au bout de son amour pour les automobiles.

La consolation de Charlie, justement, c'est d'appliquer consciencieusement, dans la vie, la règle des 3B*. En cela, ce cher Stig avait certainement raison, il y en a qui ont trouvé une consolation définitivement apaisante, absolue, mais il faut bien le dire assez fallacieuse. Le genre de consolation que Stig n'approche qu'occasionnellement et de manière somme toute éphémère.

Charlie, il s'en fout un peu de tout ça : la mort, l'écriture, la liberté. Lui, il porte des chemises cool en lin, des shorts avec des chaussettes blanches et des chaussures bateaux, Il vit dans une belle maison à Malibu, avec vue sur la mer et voisine nympho. Bon, d'accord, depuis que son frère a débarqué chez lui après un mariage raté, c'est sûr que c'est moins la fête tous les soirs. Surtout quand son gros gamin de 10 ans vient une semaine sur deux. Mais, Charlie, il s'en fout encore un peu. Il va en profiter pour apprendre plein de gros mots à son neveu et lui montrer que dans la vie, pour être heureux, il suffit simplement de s'en tenir aux 3B.

Un soulèvement de sourcil. Un pincement de lèvres. Une vanne. Telle est la parfaite harmonie de Charlie. Pas la peine de se triturer le ciboulot de questions existentielles comme chez le bouffeur de Krisprolls. Une bouteille de vodka suffit.

C'est vrai qu'on se marre bien chez Charlie (enfin jusqu'à la saison 3), et c'est d'ailleurs une consolation largement suffisante qui permet sans doute de lire ce cher Stig sans avoir à se soucier de chercher, une fois sa lecture terminée, "une consolation qui soit plus qu'une consolation".

Mais c'est vrai aussi que je ne suis qu'une buse qui trouve de la consolation un peu dans tout et n'importe quoi.


Stig Dagerman, Notre besoin de consolation est impossible à rassasier, Actes sud
(encore merci à Bartleby! Allez voir sa notule pour une vraie et pertinente analyse du texte)


Chuck Lorre et Lee Aronsohn, Mon Oncle Charlie, coffret des saisons 1 et 2 chez Warner Home Video


Note : La règle des 3b, plus qu'une hygiène de vie, est une véritable philosophie qui demande abnégation, patience et pratique quotidienne. A l'origine, ce courant de pensée se définissait par les 3 actions suivantes : Boire, Baiser, Buller. Mais depuis l'avènement du post-modernisme et du capitalisme sentimental, il est fort possible, semble-t-il, de remplacer l'un de B par Bouquiner. Certains y voient alors une espèce de dialectique hégélienne.

mardi 27 novembre 2007

Pas mieux qu' Harry Belane et Food For Your Ears



13 titres de moins d'1 min 30








  • Intro : Daft Punk - On/Off (Human After All) 0'19
  • Léo Ferré – Le Sonnet du trou du cul (Maudits soient-ils!) 0’57
  • Pierre Lapointe - 25-1-14-14.16 (La forêt des mal aimés) 0’56
  • Iggy Pop and James Williamson – Night Theme (reprise) (Kill City) 1’01
  • Alan Reeves, Phil Steele and Philip Brigham - The Chase (Road to Salima o.s.t.)1’03
  • Queen - Lazing on a Sunday afternoon (A Night at the Opera) 1’07
  • Elliot Smith – Between the bars (orchestral) (Will Hunting o.s.t.) 1’08
  • Pixies – Allison (Bossanova) 1'19
  • Queens of the stone age – Six shooter (Songs for the deaf)1’10
  • Scott Walker – 30th century Man (Scott III) 1’28
  • The Beatles – Mean Mr Mustard (Abbey Road) 1’06
  • Malajube – Jus de Canneberges (Trompe l'oeil) 0’57
  • The Shins – Pam Berry (Wincing the night away) 0’56

samedi 24 novembre 2007

Liste 5 : 10 disques que j'assume totalement mais bon c'est vrai que c'est quand même un peu la honte

En essayant d'éviter la liste bides et musiques, bien trop facile

1. Britney Spears - Blackout
Un bon disque pour de vrai qui parle des affres de la célébrité et qui dit beaucoup de choses sur une fille qui sent des pieds et aime faire gicler le sébum de ses boutons.

2. David Bowie - Never let me down
Comment ça Never Let me down? Mais c'est le plus mauvais Bowie, surproduit, peu inspiré, mal écrit.. bah, justement non, moi, je l'aime bien.


3. The Offspring - Smash
L'innocence de mes jeunes années.
Réécouté cet été plusieurs fois.

4. Toto - IV
C'est carré, net, et précis mais ça dégouline quand même un peu, enfin, moins que Rocky IV.

5. Queen - Jazz + Flash Gordon
Parce que Mustapha, parce Football Fight

6. Foo Fighters - Foo Fighters
Je n'avais pas pu acheter le premier album des Foo Fighters à sa sortie parce que 1) j'avais dépensé tout mon argent de poche dans un jeu pourri de Megadrive et 2) je voulais le disque de Babylon Zoo à la place.

7. Justice - +
Un disque qui a le mérite de réunir le public de Fatal Bazooka et celui des 2 many dj's ou de Bénabar.

8. Lavilliers Live Tour "80"
Une édition limitée, numérotée arrachée à prix d'or sur Ebay. Quoi?

9. Vincent Delerm à la Cigale
Il est quand même plus marrant que Luz et Guillon réunis

10. U2 - Achtung Baby
Un disque qui m'a permis en 6ème2 spécialité anglais de faire un peu d'allemand...

vendredi 23 novembre 2007

10 listes de 10



1. La liste des 10 meilleurs disques à écouter en buvant du vin
2. La liste des 10 vinyles inécoutables en cd
3. La liste des 10 remix qui rendent l'original dispensable
4. La liste des 10 meilleurs face b de db
5. La liste des 10 disques dans ma discothèque que j'assume mais bon c'est vrai quand même que c'est un peu la honte
6. La liste des 10 chansons pour se réveiller le matin
7. La liste des 10 albums que je n'ai jamais écoutés en entier
8. La liste des 10 chansons qui donnent envie de sortir dans la rue et de parler aux gens
9. La liste des 10 chansons à écouter après minuit
10. La liste des 10 albums qui font dire "non à la drogue"

jeudi 22 novembre 2007

Histoire pas vraie écrite après avoir bu trop de mauvais vin que c'était même pas du Beaujolais...


Faire l'amour avec une actrice de X est en vérité très décevant.


Sa langue avait encore le goût du rhum orange qu'elle avait bu pendant toute cette ennuyeuse soirée et du tabac de ses fines cigarettes mentholées. Malgré sa volonté de paraître très douce, ses gestes étaient automatiques, programmés, déshumanisés. Elle voulait revenir à l'érotique mais elle ne pouvait pas échapper au pornographique. Simple déformation professionnelle. Tout commença à devenir vulgaire, bestial, industriel. Sa façon de bouger. Son parfum. Une de mes mains libre chercha à lui caresser les jambes. Elle rit. "je ne me suis pas épilée, ce n'est pas très agréable". Et elle commença à m'expliquer qu'entre deux tournages elle laissait reposer sa peau y compris ses parties intimes pour leur redonner une certaine élasticité. Puis, elle dirigea sa bouche vers mon oreille. Elle en suça le lobe et me chuchota un truc que je ne compris pas. La tête me tournait. L'alcool probablement. Certainement pas le désir. Elle se déshabilla complètement comme si elle enfilait son bleu de travail. Elle ne me regarda qu'une fois complètement nue. "A ton tour". A ces paroles, elle se mit à onduler son corps parfaitement entretenu au premier coup d'oeil mais gâché par de mauvais tatouages à l'encre bleue représentant un oiseau exotique ou un coeur ailé. Elle dansait sans grâce et sans trop de conviction. Mécaniquement encore. Il n'y avait pas de musique de toute façon. Seuls le frottement de ses mains sur ses seins et son souffle de plus en plus haletant chassaient le silence de la pièce. Ses yeux rougis par la fatigue, l'alcool et la clope lui donnaient l'air d'une junkie. Je n'avais pas fait attention à mes sous-vêtements. Je portais depuis ce matin un caleçon noir avec un écusson d'Homer Simpson brodé sur la cuisse gauche. Elle n'y prêta aucune attention.


Elle s'approcha du lit et se coucha sur moi ne me laissant pas le temps d'enlever mes chaussettes. Ses cheveux tombèrent sur mon visage. Une odeur de vanille, d'après-shampooing bon marché et de cigarette arriva jusqu'à mes narines. Je l'embrassai dans le cou sans trop savoir ce que je faisais. Elle sentait la transpiration mêlée à l'odeur plus discrète de déodorant quelconque. Ses lèvres étaient froides. Pendant que je l'embrassais dans le creux des épaules elle avait pris la bouteille de vodka posée sur la table de nuit et en avait bu une gorgée. Elle continua à poser sa bouche sur mon corps, descendit le long de mes épaules puis atteignit mon ventre. Elle respirait bruyamment et gémissait régulièrement, mais ses cris ressemblaient à un râle de chanteuse R'n'B...... (à suivre? non. Bonne nuit.)

mercredi 21 novembre 2007

10 bonnes raisons d'écouter des reprises, aussi...


1. Pictures of Lilly des Who par l'immense db

2. Oops... i did it again de Brit-Brit par Richard Thompson

3. Hurt des NIN par Johnny Cash

4. Walk on the wild side de Lou Reed par les Strokes

5. Gare au jaguar de Brassens par Joeystarr

6. Well did you Evah! de Cole Porter par Iggy Pop et Deborah Harry

7. Lithium de Nirvana par les Polyphonic Spree

8. Hey Joe de Jimi Hendrix par Bashung

9. Queen Bitch de Bowie par Seu Jorge

10. Not if you were the last dandy on earth (fausse reprise) des Dandy Warhols par The Brian Jonestown Massacre

lundi 19 novembre 2007

And then, Pop. Goes my heart.

Il y a eu Jamie T. au printemps dernier, il y a cet automne Jack Peñate. Curieusement (ou non), Matinée, titre de ce premier album ensoleillé, a des odeurs de cèdre et de fleur d'oranger. C'est l'album que j'écoute en effet le matin sous la douche d'où ce puissant parfum de synthèse qui me revient en mémoire. Ce soir par exemple, même si ça sent un peu la flammekueche dans l'appartement, depuis que le disque tourne sur ma platine, je repense à ce petit flacon d'ivresse aux notes hespéridées. J'aurai pu penser à autre chose, dire par exemple que c'est aussi gai et chaleureux qu'un disque des Shins, que ça a l'énergie festive des Dexys Midnight Runners, et que l'écriture est appliquée et rythmée mais non, je préfère te parler à la place des senteurs d'un gel douche bon marché, sous-marque d'une grande enseigne qui me donne des démangeaisons la nuit.


Quittons la salle de bain un instant.


Après un petit déjeuner rapide, je pars au boulot en embarquant l'album de Caribou : Andorra. C'est presque aussi joyeux que Jack Peñate sauf que la musique de Dan Snaith est bien plus intellectualisée que celle du londonien. C'est un type qui a un doctorat en mathématique et le look idoine. Par "plus intellectualisée", j'entends plus réfléchie, pendant toute année comme s'il faisait un travail de recherche universitaire, Snaith a en effet construit son album patiemment, petit bout par petit bout, conceptualisant le medium, dé(cons)truisant les rythmes, collant ici où là des morceaux de mélodies. Le résultat est très surprenant car au fond le disque, même s'il baigne parfois dans l'electro douce, est très pop. L'album est scindé en deux parties bien distinctes. Dans une première, on y croise Brian Wilson et la sunshine pop où des mélodies colorées explosent tordant de plaisir le rythme des chansons. Dans une seconde, Snaith se laisse aller à l'expérimentation. Les titres deviennent plus electro. Toutefois persite l'extrême rigueur des arrangements et de la production car Snaith a vraiment le souci du détail et sème dans ses chansons des sons ou des arrangements si subtiles qu'il faut certainement plusieurs écoutes pour les entendre. C'est un beau disque qui me pousse certains matins à prolonger le trajet pour aller au boulot. Parfois pour écouter une seconde fois, la magnifique She's the one, il m'arrive au grand dam des autres automobilistes qui font la gueule en écoutant Europe 2, de faire plusieurs tours de rond point, juste comme ça, pour tournoyer avec la musique et prendre quelques minutes de bonheur avant de commencer une autre journée de travail.



Puis, quand les premiers lampadaires s'illuminent et que je cherche une place pour me garer pas trop loin de chez moi, je pense à l'autre disque qui m'attend : Bright Flight des Silver Jews. Bon, là, c'est un peu le disque idéal à écouter en buvant un très bon verre de vin et en allumant le feu de cheminée. Silver Jews, ça sent le sud, le whisky, la clope, la braise et le foin. L'écriture, incisive et ironique, prend dans la parole du chanteur David Berman des faux airs de M. Doughty (tu sais, le mec de Soul Coughing) ou de Caleb Followill (tu sais, le mec des Kings of Leon) et parfois, mais il faut chercher un peu, de Lou Reed (tu sais, le mec du Velvet Underground). Surtout, l'album contient peut-être une des ces chansons qui donne envie de virer les 9 999 autres de ton Ipod. Tennesse. Il faut vraiment que tu l'écoutes si tu ne la connais pas. C'est immense, c'est beau, c'est chaud, ça monte tout doucement puis ça explose comme un épi de maïs que l'on jette dans dans le barbecue. Quand je mourrai, je veux qu'on m'enterre avec cette chanson.

dimanche 18 novembre 2007

Message au nouveau lecteur

Entre, fais comme chez toi...


Droit (possible) de réponse au lecteur de Télérama

Cher monsieur La Buse
(j’espère pour vous qu’il s’agit d’un pseudonyme),

J’ai beaucoup d’humour mais je dois avouer que je n’ai pas compris votre notule assassine sur les lecteurs de Télérama (dont je fais parti !). Oui, j’écoute France Inter dès potron-minet, je regarde Arte et il m’arrive de temps en temps, s’il me reste quelques pièces après l’achat d’une baguette, de lire Libération, mais vu le prix du pain actuellement, j’avoue me contenter des quotidiens gratuits (même si je trouve qu’ils tuent la presse française et sa liberté d’expression).

Que diable ! Qu’est-ce qui vous autorise à contester le droit de se cultiver ? Est-ce notre faute à nous si le niveau intellectuel des émissions à la télévision est si bas ? De toute façon, je n’ai plus la télé. Nous l’avons supprimée du salon cet été. Mais avec Télérama, j’ai une autre vision de l’actualité. Moi-même enseignant en lettres, je peux être gré à l’hebdomadaire de m’avoir fait découvrir bon nombre de cinéastes, d’écrivains ou de musiciens que je n’aurai pas connu seul.

Tout le monde n’a pas la chance de vivre à Paris, monsieur. La province, voyez-vous, elle existe aussi. Et nous avons le droit à une même culture

Alors, de grâce, cessez vos remarques désobligeantes, arrêtons de nous offusquer les uns les autres, il y a suffisamment de place pour une parfaite cohabitation. Gardons notre énergie pour une lutte plus noble : je vous signale au passage qu’il y a de quoi faire en ce moment. A vous de choisir votre champ de bataille.

Jean-Robert Perrin (Guetteville-Les-Grès)

Un dimanche comme les autres


Il pleut dehors. Il fait froid. Je pousse le chauffage jusqu’à thermostat 4 et me prépare un café. La télévision du voisin beugle. Je reconnais entre deux applaudissements et le souffle de la cafetière la voix de Drucker. Je les imagine bien, mes deux petits vieux voisins de palier : silencieux, sur leur canapé en Cuir Center, à demi allongés, luttant pour ne pas fermer les yeux, la langue encore chargée du goût du gigot-flageolet du midi. Ils s’ennuient tous les deux, dans leur appartement bien plus grand que le mien.
Je pourrais prétexter l’oubli d’un rachat de petits sucres en morceaux pour aller sonner chez eux et engager la conversation du genre : "alors, c’est qui l’invité cette semaine chez Drucker ? » mais je n’en prends pas avec mon café. Et puis de toute façon, j’ai mieux à faire, avant de passer le café et de penser à mes voisins, j’avais prévu de revoir L’œuf du Serpent, qui, comme tu dois le savoir, n’est pas un film de kung-fu, mais un Bergman.

Il y a beaucoup de crétins cinéphiles qui disent qu’il s’agit d’un des films les plus accessibles du cinéaste suédois et par conséquent l’un de ses moins intéressants. C’est faux, L’œuf du Serpent, c’est un peu comme un texte de Nietzsche ou d’Arendt, tu crois que tu comprends parce que c’est écrit dans une langue qui semble être à ta portée (peu technique certes, mais quand même plus riche que les 99 mots de vocabulaire du type qui croit tout savoir) mais en réalité, c’est beaucoup plus complexe que ça en a l’air.

Il serait vain et prétentieux de faire une analyse poussée du film en ces pages (si tu veux on peut toujours en parler autour d’un verre de vin, même si je n’ai pas toutes les clés pour l'interpréter correctement), mais cet après-midi, je me suis demandé si le regard un peu égaré de David Carradine faisait véritablement partie de son jeu d’acteur ou s’il était simplement paumé. Carradine, c’est quand même le mec mono-expressif de la série Kung Fu et de Kill Bill. C’est d’autant plus étrange et intéressant que le film insiste fortement sur la thématique de l’œil, du regard et du voyeurisme, thématique personnifié par le Dr Vergerus, personnage récurrent chez Bergman (Le Visage, Le Lien, Une Passion) qui filme ici en secret des hommes et de femmes et les pousse au suicide. L’œil est partout, dans le cabaret, les chambres, ou la rue, il contamine la parole laissant advenir la bestialité et la violence pour la tuer petit à petit. Il endort, il hypnose. Empêchant tout désir de révolte, toute aspiration à la liberté, il transforme les individus en une foule passive, prête à tout accepter.

J’ai repensé aussi à Persona et à ses jeux de miroirs. C’est en brisant un miroir, qu’Abel découvre les caméras. Et c’est juste avant de se faire arrêter que Vergerus avale une capsule de cyanure et se regarde mourir dans une glace en lâchant : « C’est comme un œuf de serpent. A travers la fine coquille, vous pouvez déjà discerner un parfait reptile ».

A la lisière du fantastique, L’œuf du serpent, même après plusieurs visions, reste un film étouffant et angoissant où le spectateur, placé au cœur du voyeurisme dénoncé par le métrage, et coupé de toute possibilité de parole, devient lui-même un simple regard .

mercredi 14 novembre 2007

Echec sentimental ou pourquoi je ne vais pas, une fois encore, réussir à terminer A la recherche du temps perdu...

Je te quitte comme le mauvais amant qui le fait au téléphone ou par sms. Je te quitte sans te le dire, en t'abandonnant. Je te laisse là dans un coin de l'appartement. Je t'ignore. J'ai honte. Tu avais encore beaucoup de choses à me dire, à m'apprendre mais je pars. Ailleurs.

On s'était dit : "cette fois, on va jusqu'au bout, on oublie le reste, on oublie les autres". Mais, je suis infidèle. J'ai été infidèle dès le début. On peut rester amis si tu veux. Je ne t'oublie pas complètement. Je pourrai venir te voir de temps de temps. Mais là, j'ai besoin d'autre chose. Laisse-moi un peu respirer. Ce ne sont pas des adieux. Si tu me cherches, je serai quelque part par là:








ps: puissent les 2 seuls lecteurs de ce blog (b. et u.) m'excuser de leur piquer leurs conquêtes...

How to turn your addiction to prescription drugs into a successful art career ?


J'ai récemment parcouru le bouquin de Dana Wyse : How to turn your addiction to prescription drugs into a successful art career ? Dana Wyse, tu sais, c'est l'artiste canadienne qui fait les petits sachets de pilules du genre "garantissez l'hétérosexualité de vos enfants" ou " rendez votre mari amoureux comme au premier jour" ou "trouvez instantanément votre point G" ou bien encore "comprenez le sens de la vie". Au delà de la relative simplicité du concept (c'est marrant, c'est pop, c'est potache), il se dégage une certaine sensation de malaise car Wyse s'attaque directement au problème de l'identité en ne le plaçant pas simplement au niveau du corps mais plutôt à celui de l’esprit. On pourrait alors voir ses pilules comme de puissants psychotropes capables de soigner une inadaptation aux normes d’une société consumériste et bien pensante. Sauf que ces psychotropes d’un nouveau genre peuvent aussi changer les corps, les remodeler en fonction de la norme, les rendre tous identiques.

Wyse raconte qu’un jour une femme est venue la voir lors de l’une de ses expositions. Cette dernière, persuadée qu’elle tenait là un remède miracle, lui avait achetée un sachet de pilules qui devaient permettre de « comprendre sa mère ». Elle en avait distribué à son mari et à ses enfants qui les avaient avalées avec un grand verre d’eau avant la visite de la mère, tout court pour l’une, belle pour l’un, grand pour les autres. Les larmes aux yeux, elle était venue rencontrer l’artiste pour la remercier chaleureusement de l’efficacité de son traitement car depuis qu’elle avait pris ces fameuses pilules, tout allait pour le mieux avec sa maman.



On ne sait pas si cette anecdote est une pure invention de l’artiste, on s’en fout un peu en fait, mais tout cela montre à quel point ce concept de petites pilules n’est pas aussi gratuit qu’il pouvait le paraître aux premiers abords. L’idée que tout se soigne, même les maux qui dépassent la sphère de l’individu, n’est certes pas nouvelle, mais Wyse le fait avec suffisamment de recul et d’intelligence pour faire passer la pilule (tout ça pour un jeu de mots pourri...)

lundi 12 novembre 2007

Destin d'un livre

Il y a ceux qui osent à peine m'écarter les pages de peur de me casser le dos. Il y a ceux qui m'ouvrent pleinement, généreusement et qui me sentent, pour s'imprègner de mon parfum, de l'odeur de ma peau. Il y a ceux qui me rangent aussitôt après m'avoir acheté. Il y a ceux qui me recouvrent d'un film plastique pour me protéger.

Il y a ceux aussi qui me gribouillent, m'annotent, me stabilotent. Il y a ceux qui me lisent, et me lisent encore. Il y a ceux qui m'ont ignoré, ne m'ont jamais touché, jamais ouvert. Il y a ceux qui m'offrent, ceux qui me volent, ceux qui me reçoivent. Il y a ceux qui me prennent dans leur lit, ceux qui me préfèrent dans les transports en commun, à l'ombre d'un arbre en été, à la plage ou à la terrasse d'un café. Il y a ceux qui me redécouvrent un jour de pluie. Il y a ceux qui me tiennent serrer contre leur poitrine dans leur poche de veste. Il y a ceux qui me mettent dans leur sac entre le maquillage et le chewing-gum à la chlorophylle. Il y a ceux qui laissent leur odeur sur moi : cigarette, parfum, déodorant, humidité. Il y a ceux qui cornent mes pages lorsqu'ils me referment. Il y a ceux qui me revendent. Il y a ceux qui me tâchent. Il y a ceux qui me dévorent. Il y a ceux qui me laissent prendre la poussière. Il y a ceux qui m'essuient, me soignent, me réparent. Il y a ceux qui m'arrachent, me plient, me tordent, me déchirent. Il y a ceux qui me jettent avec leurs filtres à café et leurs pots de yaourt. Il y a ceux qui me mettent dans des cartons. Il y a ceux qui me classent, me déplacent, me cachent. Il y a ceux qui me prêtent, m'échangent, m'oublient. Il y a ceux qui m'avortent, m'ignorent, me renient. Mais il y a ceux qui me vénèrent, m'honorent et me respectent. Il y a ceux qui parlent de moi et il y a ceux qui essaient de le faire. Il y a ceux qui me mentent.

Il y a ceux qui me créent. Il y a ceux qui me nourrissent.

Et il y a les autres...

mercredi 7 novembre 2007

!!! au Trabendo le 06 novembre

Cette fois, je ne suis pas allé aux toilettes après la fin du concert. En fait, je suis allé pisser dehors, sur le chemin qui sépare le Zénith du Trabendo, derrière un buisson. Et surprise, il y avait là aussi des camarades dont l'odeur quelque peu repoussante de la sanisette gratuite les avait contraint à venir communier avec la nature. Et figure-toi que ces deux types qui étaient en train de se soulager la vessie en plein air parlaient justement du concert. Ce que j'ai pu entendre entre deux jets d'urine était grosso modo : "putain, ils déchirent. c'était trop cool". Et l'autre, qui remettait sa ceinture, de confirmer les dires de son pote par un "ouais, trop fort".

N'ayant qu'une faible analyse critique et une vessie capricieuse, je ne pouvais qu'acquiescer les remarques si subtiles et ô combien pertinentes de mes copains des bois, enfin de buissons.
Les oreilles encore bourdonnantes, je ne pus malheureusement entendre le reste de leur conversation mais je les voyais rire à gorge déployée, leur visage discrètement éclairé par la faible lumière de la lune. L'un tapa d'un revers de la main l'épaule de l'autre. Ils rirent encore puis disparurent.

C'est vrai qu'il était bien ce concert. Même Télérama a mis deux T dans son Sortir, alors, t'imagines un peu. D'ailleurs, ils devaient certainement y en avoir des critiques de mon hebdomadaire favori dans la salle. Et c'est peut-être ce qui m'a un peu gâché la soirée : savoir finalement qu'on avait quelque chose en commun, lui et moi.

Imbécile

Au café de la danse, lundi 5 novembre.


On apprend beaucoup de choses d'un spectacle en allant aux toilettes, une fois la représentation terminée.

Aussi, ce soir-là, le mot qui revenait le plus entre deux urinoirs et le distributeur de savon liquide était "décevant". Décevant d'abord parce que Katerine et Héléna n'étaient pas là. Même si Bertrand Belin et Armelle Pioline étaient tout à fait convaincants. Décevant aussi parce que la rencontre tant attendue entre Marivaux et Sautet que promettait l'album concept n'a pas eu lieu.

N'ayant moi-même qu'une faible analyse critique mais une très grande envie de pisser, je ne pouvais que confirmer les dires de mes camarades des gogues.

Si les chansons d'Olivier Libaux jouées en live sont toujours aussi agréables à écouter, le texte les accompagnant ou plutôt leur servant de transition, était pour sa part très faible (du niveau d'un bon CM2 et je sais de quoi je parle pour une fois) plombé par une direction d'acteurs assez hasardeuse (enfin pas catastrophique non plus mais ça faisait quand même représentation de fin d'année).

Je ne peux pas dire que je me sois ennuyé (le spectacle était bien trop court) mais l'ensemble faisait un peu peine à voir. D'un côté, l'éxécution parfaite des titres de l'album (jp nataf vraiment très bon, comme d'habitude quoi), de l'autre, des textes frôlant la mauvaise improvisation. Reste que, comme disait mon voisin de pissotière, "c'est sûr, ç'aurait été mieux avec Katerine".

Modes de lecture

J'ai l'impression (et cela ne regarde que moi) que les comportements de lecteur diffèrent d'une ville à l'autre. Prenons, par exemple, le cas de Paris et de ma province. A Paris la belle, le livre fait partie intégrante de la vie citadine. Dans le métro, au bistro, dans les files d'attente, dans le bus, à vélib, on lit ou du moins on a un bouquin dans les mains et on fait semblant de lire. Dans ma province pourrie, si tu ne veux pas te faire traiter de "pédale" ou pire "d'intellectuel", mieux vaut ne pas sortir un bouquin même pour faire semblant. Bref, dans ma province-pas-jolie, on ne lit pas, enfin pas tout le temps ou très peu ou que des choses inoffensives comme du marque Lévy. Il n'y a guère qu'au lit qu'on lit. A Paris, au lit, on baise. Enfin, je crois.

Si, dans ma province fnacisée, on lit si peu, c'est peut-être aussi parce qu'il n'y a pas beaucoup de librairies de quartier, tu sais, celle dans laquelle il n'y a pas que des Folio ou des J'ai lu, et où, le libraire, en plus d'être ton dealer, est aussi un très bon ami (sinon le meilleur) qui lit aussi des livres comme toi. C'est vrai qu'au lieu de risquer une conversation hautement philosophique avec l'homme au gilet vert qui te conseille généralement la meilleure vente du mois et qui croit que José Corti est un pote dj à Ardisson, certains ont préféré faire voeu d'abstinence. De toute façon, je n'ai pas envie d'avoir un ami vendeur à la Fnac.

C'est vrai aussi que les gens ici, ils n'ont pas d'argent pour acheter des livres. Certes, c'est parfois compris dans le budget courses de la semaine, mais on préférera toujours un bon dvd à un bouquin. A Paris, ton patron, il est un peu plus sympa, non, excuse-moi, un peu moins con qu'ici, parce qu'au moins, dans ton salaire, il est prévu une petite centaine d'euros supplémentaires avec lesquels tu peux t'acheter ta dose de dope. Avec 1000 euros chez moi, moins les 5 bouteilles de whisky du mois (une par week-end pour oublier la semaine), tu ne peux même pas espérer t'abonner à France Loisirs.
Enfin, c'est peut-être parce que dans ma province zone-industrialisée, il n'y a pas de lieux propices à la lecture. Je pourrais bien essayer de lire le Bolano qu'un ami m'a gentiment conseillé dans un Kepab mais tout cela ressemblerait à une mauvaise installation d'art contemporain avec l'huile des frites et le gras de la mayonnaise qui tâchent les pages. Et dans les cafés, c'est prendre le risque de perturber l'ambiance familiale des joueurs de Rapido, ceux qui portent des vestes en cuir avec un pantalon de jogging.


Je n'ai pas envie de lire Bolano au lit, c'est tout...

samedi 3 novembre 2007

Cadavre exquis joeystarro-hegelien


Texte obtenu en croisant des lignes de la Phénoménologie de l'Esprit de tu-sais-qui et de Mauvaise Réputation le livre du grand Joeystarr.


C'est une représentation tout à fait naturelle de penser qu'en philosophie/Les journées sont bien remplies et on gagne de la thune/
Mais la vérité de cette honnêteté est qu'elle n'est pas aussi honnête qu'elle en a l'air/
Un jour se déroule une partie de belote chez un voisin de l'immeuble de Kamel/chaque individu doit tendre à la mort de l'autre/
Le renoi se lève et sort un couteau suisse/C'est pourquoi on ne constate ni élévation ni plainte/Déchiré à l'acide, on tente de rejoindre la rue Mouffetard/Mais le dieu immanent est la pierre noire dégagée de la coque/certains acides ressemblent à des crottes de nez et la tentation est immense de gober les acides et revendre tes propres crottes de nez/Ce langage supérieur rassemble et rapproche donc la dispersion des moments du monde essentiel et du monde agissant.

Lettre au lecteur de Télérama


Il y a bien pire qu'un critique à Télérama : ses abonnés.


Je ne t'aime pas lecteur de Télérama. Je te le dis franchement. On se connaît depuis longtemps pourtant.


Je viens encore chez toi de temps en temps, certain de toujours trouver l'hebdomadaire posé religieusement sur la table du salon duquel tu as viré ta télé parce que ça fait beauf d'avoir une télé, dis-tu.

Sur ta chaîne Hi-Fi, passe le dernier Amélie-Les-Crayons, de la chanson française fantaisiste à textes, estampillée nouvelle scène.

C'est normal, tu es amoureux de bons mots, de la belle syntaxe. Ce n'est pas à un hasard si tu es prof de français, pardon, prof de lettres.


Pourtant, tu t'habilles avec les oripeaux d'une culture que tu n'as pas. Tu mets un peu de Télérama ici, une touche de France Culture par là, un peu de France Inter sur les joues, un trait de Libé... Tu portes des vêtements bien trop grands pour toi et, il faut bien que quelqu'un te le dise, tu te maquilles comme une pute. Ce ne fait illusion qu'un temps. Le temps d'un café dans la salle des profs.

Dis-moi, pourquoi tes phrases se terminent toujours par "en plus Télérama a dit que c'était bien" quand tu parles d'un film que tu veux aller voir au cinéma?
D'un autre côté, quand ce n'est pas toi qui choisis, tu sens rapidement des petits picotements sur ta nuque, la sueur qui perle sur tes épaules, tes mains qui deviennent moites, le lobe de tes oreilles qui s'échauffe et ta respiration qui suit un rythme de plus en plus irrégulier. Que se passerait-il si nous allions voir un film que ce cher Pierre Murat n'a pas aimé (vu)?

Tu n'oses pas le dire mais, au fond, tu le sais bien, tu as peur de la médiocrité des classes populaires. Tu veux prouver que tu es un spectateur différent. Toi, tu as une culture. Et tu penses que c'est personnel, la culture, ça ne se partage pas. C'est un truc que seuls les gens intelligents peuvent comprendre, que seuls les lecteurs de Télérama peuvent posséder.

Allez, pose ton magazine télé cinq minutes, arrête d'aboyer sur les fautes de français des présentateurs télé ou sur la qualité toujours baissante de leurs émissions (de toute façon, tu n'as pas la télé, je te rappelle), sors une bonne bouteille de vin de ta cave, ce soir tu viens et on se regarde le dvd de Borat chez moi...