samedi 19 janvier 2008

Regarde bien tout au bord

Cette semaine, au lieu d'écouter Nagui et son copain pas drôle à la radio, j'ai préféré, à l'heure du petit déjeuner, me réveiller avec le dernier album de Daniel Darc.
Bon, d'accord, ce n'est pas tellement un album du matin. Entre deux cracottes, un bol de chocapic et un café, l'ambiance ne colle pas trop.

Mais, les chansons me restaient dans la tête toute la journée et me donnaient par conséquent l'irrésistible envie de l'écouter à nouveau le soir, un verre de vin à mes côtés.


Au cours de certaines matinées, il m'est arrivé plusieurs fois de fredonner sans que je m'en rende compte quelques notes du sublime "J'irai au paradis". Des yeux écarquillés, des visages hagards se tournaient alors vers moi, accompagnés de rires moqueurs mais étouffés.
J'aurais alors aimé répondre à ces jeunes âmes impures que j'avais écouté, à l'heure où ils se passaient un coton de Biactol sur le visage, un disque bouleversant, que c'était quand même mieux que leur opportuniste Yelle. Mais j'entendais déjà le crissement de la lame des cutters sortir de leur cadre en plastique.

Alors, je n'ai rien dit. j'ai repensé à "ça ne sert à rien" (piste 6) et j'ai attendu la fin de journée, paisiblement, avec les méLOdies du dernier Darc dans la tête.

Et je suis rentré. Heureux de retrouver le disque posé sur mon bureau.

Comme Crève-Coeur, son précédent album, Amours Suprêmes est un album entier et réfléchi. On aimerait dire "authentique" si le mot n'était pas tant annagalvaudé.
Il n'y a rien à jeter. Curieux, pour un déchet comme Daniel Darc qui a survécu à peu près à tout. C'est peut-être parce que le disque est court. Mais tout est parfaitement dosé. C'est fait avec suffisamment de goût et de raffinement pour ne pas sombrer dans le ridicule. Il ne manque pas grand chose pour que tout s'écroule, mais tout tient, on ne sait comment, comme Darc. Que ce soit l'ambiance très velvetienne du premier morceau ou le duo avec Bashung, on sent bien que Darc et Fredéric Lo ont parfaitement digéré une certaine culture musicale et qu'ils sont capables de partir de tout cet héritage pour aller plus loin encore et trouver leur propre ton sans jamais tomber dans la gimmick facile ou le ridicule le plus affligeant. C'est donc un disque rock, un vrai comme il n'en existe pas beaucoup en France, avec des textes durs comme de la corne sur les mains. Des textes qui sentent le vécu. Elliptiques. Ethyliques. Il est rassurant de les écouter chez soi, bien au chaud, à l'abri des regards et des tentations.
C'est un disque qu'on écoute tous les jours, même le matin.

Une question d'habitude

Je me suis habitué peu à peu à ne plus mettre de sucre dans mon café pour en apprécier toute la véritable saveur.
Je me suis habitué à ne plus fumer pour pouvoir sentir à nouveau toutes les odeurs de ton parfum.
Je me suis habitué à me lever tôt et à me coucher tard pour être avec toi un maximum de temps.
Je me suis habitué à notre quotidien, aux courses chez Auchan, aux promenades dans le parc.
Je me suis habitué à tes livres qui cachaient les miens dans la bibliothèque
Je me suis habitué à tes amies, à tes parents, à tes collègues
Je me suis habitué à tes silences.
Je me suis habitué à boire pour trouver l'ivresse que l'amour ne nous donnait plus.
Je me suis habitué à dormir sur le canapé, seul, la télé allumée
Ne t'inquiète pas, je m'habituerai à ton absence.

vendredi 18 janvier 2008

Sweet Nuthin'

Ce matin, je me suis aperçu que je commençais à perdre mes cheveux. Légèrement mais sûrement. Juste au dessus des tempes, un léger arrondi commence à se former. Je n'ai rien vu venir. 2008, c'est ma dernière année avant l'âge fatidique des...

Il paraît qu'il y a des étapes incontournables dans la vie d'un homme.

Comme celle de voir la trilogie des Parrain.


Je n'ai jamais vu le Parrain. Dans mon c.v. de prétendu cinéphile, ça la fout un peu mal. Je m'en suis toujours un peu caché.
.
Cette nuit, j'ai rêvé que je faisais un concert dans une boîte de jazz parisienne forcément branchée. Je jouais du saxophone ou bien de la clarinette. Je ne sais plus. Mais en tous les cas, ça sonnait comme du Eric Dolphy. Le plus incroyable était que l'instrument n'avait aucun secret pour moi. J'en connaissais parfaitement la structure, je savais le manipuler avec une parfaite dextérité. Mes doigts allaient et venaient sur les corps . Les notes s'enchaînaient, je savais exactement où j'allais. Librement. Je demandais même plusieurs fois à changer d'anche. J'étais en parfaite osmose avec le public et mon groupe.


Le problème est que je ne sais pas jouer d'un instrument. Depuis qu'un prof de musique m'a dit au collège que je n'avais pas l'oreille musicale. J'ai tout laissé tomber.
Jusqu'à aujourd'hui. Où j'essaie d'apprendre la guitare, mais j'ai mal aux doigts et je ne sais même pas jouer Smells Like Teen Spirit.

Il paraît qu'il y a des étapes incontournables dans la vie d'un homme...
Alors, j'ai décidé que je saurai jouer l'intégralité des morceaux du Unplugged de Nirvana (juste parce que je n'avais pas pu le faire au collège) et j'ai voulu aller acheter ce midi les 3 Parrain pour devenir enfin un homme.

Mais au dernier moment, ma main a saisi le coffret de la trilogie des Histoires de Fantômes Chinois.

Je ne verrai pas le Parrain, ce soir...

jeudi 3 janvier 2008

Coup de coeur par Jacques Granola

Un écrivain ne fait pas qu'écrire. Il lit aussi. Beaucoup, passionnément.
Aussi, j'aimerai faire partager via l'intermédiaire de ce blog une de mes dernières découvertes, et un coup de coeur aussi, un jeune auteur très innovant qui fait une littérature qu'il qualifie hip-hop.
Moi, je pense beaucoup à la bit géneration, à des auteurs comme Herbert Selby. Kevin Desmarettes est fait du même bois. Un vrai regard, une écriture puissante qui sent la rue, la rage et la révolte.
Son premier roman Au pied du mur entre les tours est un portrait au vitriol de la société actuelle.
Un style acerbe, une écriture au couteau, Kevin pourrait peut être bien être ce qui est arrivé de mieux à la littérature depuis ces dix dernières années.
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Extrait du chapitre 4
La te-pu était encore fonce-dé dans mon plumard. Je l'avais bien ken toute la nuit. C'était pas de l'amour, je suis pas une fiotte. C'est un coup commasse pour la soirée. Sur la table de nuit, y'a encore mon kebap tout chaud. Je me rappelle même plus quand je suis descendu l'acheter tellement que j'ai bédave.
J'attrape le petit sachet de la mayo à côté du papier d'alu, je l'ouvre avec mes dents et le vide sur le cul de la meuf. Puis je trempe mes frites dedans, une à une jusqu'à temps que j'ai plus que de la viande de kepab dans mon kepab. Z'y va, cette conne se réveille même pas. J'allume la télé et mate un truc sans regarder. Je mets le son à fond. Que dalle. J'attaque ma barbaque, salade, tomate, oignon, la totale, avec une couche de sauce blanche sur l'intérieur du pain. Je sens mon ventre se remplir. J'ai envie d'une garette. Ou j'ai soif. Je sais pas, la bouteille de sky est vide. Je finis le coca qui pétille plus et qui est chaud.

La fille se retourne dans mon lit et elle fout de la mayonnaise partout. Je gole-ri parce qu'elle a l'air trop conne. J'attrape encore un autre sachet. Le ketchup. Je fais des ronds autour de ses einsse comme si c'était de la peinture rouge. Dehors, c'est toujours les mêmes cris, la même galère. Une mob qui passe, une BM qui ronfle, les enceintes qui crachent. Je finis mon pain de mon sandwich. Je regarde par la fenêtre droit devant moi car je suis loyal, mais dehors, c'est trop la galère. Des larmes dans les yeux de nos mères. J'ose pas regarder de peur de voir la réalité.
Je zappe sur ma télé.

Pas vu sur Ebay


mercredi 2 janvier 2008

Conversations : episode 3


A l'apéro:

Lui (montrant un Curly) : c'est dingue, plus j'en mange moins j'arrive à m'arrêter

Moi : T'as essayé ceux au fromage?

Lui: Arrête... J'les ai pas vus


Un peu plus tard, vers 20h00:

Lui: J'parie qu'il ne va pas dire "mes chers compatriotes", ça fait trop Chirac...

Moi: Ta tâche de sauce salsa sur la cravate, ça fait trop Chirac, aussi.

Lui (frottant son hideuse cravate Snoopy) : Aaah, très drôle... Tiens, putain, j'en étais sûr, il l'a dit. Tu vois?

Moi: T'avais raison.

Lui: J'avais raison. Comme toujours. J'avais raison.



Après un troisième verre:

Lui: Et toi alors, t'es plutôt Stones ou Beatles?

Moi: Je prends Abbey Road, Revolver, The White Album, Sticky Fingers, Beggars Banquet, Aftermath, et Exile on Main Street. Après, je ne peux pas te dire...

Lui: C'est pas la question, t'as pas compris!

A table

Lui: Putain, j'en ai marre de bouffer, on fait ça depuis une semaine.


Moi: Personne ne te force.


Lui: Mais quand même, ce n'est qu'une fois par an...

Moi: Tu prends du foie gras? (lui passant le plat)

Lui: Oui, vas-y, celle-là (désignant de son doigt bagué une belle tranche)


Peu avant minuit:

Elle : Qu'est-ce que t'as apporté comme musique?

Moi: Des trucs sympas, enfin j'espère...

Elle: Pour danser?

Moi: Oui, en principe.

Elle: C'est quoi ça?

Moi: Lcd Soundsystem

Elle: T'as pas David Guetta?


Minuit:

Ensemble : 5....4....3....2.....1.... BONNE ANNEE

Lui: Bonne santé, merde au cul pour toute l'année!




De retour à table:

Elle: ça passe vite une année, tu trouves pas? Moi, je repense encore au réveillon de l'année dernière.

Moi: J'avais vomi avant minuit

Elle: Ah? Je ne m'en souviens plus. Mais quand même, ça passe vite, non?



Sur la piste de danse entre le canapé et la table basse:

Elle: C'est ça LSD machin-chouette?

Moi : yep.

Elle: Et qu'est ce qu'il dit?

Moi: YEAH YEAH YEAH YEAHYEAH YEAH!



Un peu plus tard

Elle : Tu dors avec qui ce soir?

Moi: Avec toi?

Elle: Tu rêves!


Encore un peu plus tard, dehors, sur le balcon:

Elle : A quoi tu penses?

Moi (fixant le ciel nuageux): Je sais pas. Je me demande si Lazare et Belane ont fini leur verre, si Untel s'amuse, si Bartleby parle avec des gens intéressants... des trucs comme ça.

Elle: C'est ceux d'internet? Tu fais chier avec ton blog!

Moi: Bonne année quand même!