Il y a quelques temps, je pensais avoir fait le tour de mon célèbre personnage de polar et d'histoire d'aventure : Steve Braquemart. Alors pour renouveller le genre, je lui ai inventé (c'est ça aussi la magie de l'imagination d'un écrivain) un fils. Jean-François Braquemart. Comme son père, Jean-François est flic. Dans sa première aventure, il essaie de coincer une bande de dealers de drogue en se faisant passer pour l'un deux. Dans le jargon de flic, on dit qu'il s'inflitre dans le milieu.Parce qu'il ne veut pas entâché les exploits de services de son père et parce qu'il prend son travail très au sérieux et qu'il veut être totalement crédible, Jean-François se met à la coke et à l'héroine. Malheureusement, il devient très vite accro et sombre dans la déchéance. Drogué, ruiné, usé, Jean-François devient comme ceux qu'il voulait mettre au trou : un junky. Averti de ces faits, son père, Steve, revient d'une mission à l'étranger pour l'aider.
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Chapitre 16
Allongé sur le canapé en cuir blanc de son salon, Jean-François cherchait d'une main tremblante de quoi se préparer un nouveau fix. Il attrapa l'élastique posé sur l'accoudoir et se l'enroula autour de son bras velu mais fit tomber la boite en métal qui contenait un coton imbibé d'alcool et une seringue.
-"Sa race!" lâcha-t-il, colérique.
Soudain, on sonna à la porte d'entrée. Mais Jean-François ne bougea pas bien qu'il ait entendu le carillon retentir. On sonna à nouveau, puis on tapa violemment à la porte. Mais Jean-François ne répondait toujours pas, non pas qu'il n'avait toujours pas entendu mais il était ailleurs, il était encore dans ses paradis artificiels, dans les bras maigres et mortels de la drogue. La porte fut enfoncée comme une vieille pute vietnamienne dans un vacarme de tous les diables.
-Jean-François, Jean-François!!! hurlait une voix rauque et sûre d'elle.
Jean-François émit un petit cri aigu semblable à celui d'un chien mourant ou tout du moins à celui d'un chien sur lequel on aurait marché sur la queue.
-Nom de dieu de bordel de merde! Fiston, que t'arrive-t-il? demanda inquisiteur le célèbre Steve Braquemart bien connu de tous.
-J'ai merdé, papa, j'ai merdé, dit timidement le fils honteux
-Comment ça? Que s'est-il passé? renchérit le père, et découvrant les bras piqués et bleus de son fils, il s'empressa d'ajouter:
-Et qu'est-ce que c'est que cette merde? Non? Pas toi, Jean-François! Ne me dis pas... Non. Pas toi, je t'en pris. Ne me dis pas que tu as plongé dans cette saloperie.
-Tout a foiré, coupa Jean-François, c'est un échec total!
Et il se mit à pleurer.
-Explique-moi, je peux comprendre mon fils. Je suis ton père, Jef.
-Tu ne m'as plus appelé Jef depuis mes 11 ans, p'pa.Et Jean-François savait qu'en disant cela son père voulait simplement lui dire : Je t'aime.
-Je voulais coincer la bande d'Eddy le Rital, alors pour en faire partie, je me suis mis à la came comme eux, mais la came a été plus forte que moi...
-Les salauds! hurla Steve, ils t'ont eu en beauté. Ils avaient tout prévu! Ils sont plus futés que je ne le pensais. Qu'est-ce qu'Eddy t'a dit?
-Je ne l'ai jamais vu, papa, c'est Rachid un mec de banlieue, un peu louche, sans doute un de ses sbires qui me fournit la poudre. Au début, je la prenais dans les scellés de la maison, dans l'armoire à preuves... comme tout le monde, mais cela ne menait à rien. Il fallait que je remonte à la source. Et celle du bureau était si mal coupée. Au début, j'agissais undercover et quand ils ont tout découvert au poste,ils n'ont pas compris mon stratagème. J'étais devenu une racaille comme ceux que je poursuivais. Alors, ça on m'a gueulé dessus et le chef m'a viré sur le champ. Mais je croyais que c'était pour le jeu au cas où il y avait une taupe ou des micros. Ca fait plus d'un mois maintenant. Je n'ai plus rien, j'ai tout perdu, papa. Toute ma thune est passée dedans.
-C'est balot, fiston, je... Et ce Mohamed?
-Rachid, tu veux dire? J'sais pas... Je ne tombe que sur son répondeur. Je lui dois du fric, à lui aussi...
Jean-François fit une courte pause.
-Papa, j'ai mal...Et Jean-François fondit en larmes comme une bougie.
-On va venir à bout de cette merde, crois-moi, tu vas être fort, fiston, relève-toi, je vais te faire couler un bon bain chaud, comme au bon vieux temps
-Merci Papa dit Jean-François des larmes de bonheur plein les yeux-On va la battre cette saloperie et après on ira cueillir Rachid et le Rital, je te le promets, promit Steve.
-Papa... ? demanda timidement Jean-François
-Oui, Jean-François? répondit Steve qui savait que quand son père l'appelait par son prénom, cela voulait dire aussi quelque chose de fort.
-Je m'excuse...
-Non, Jean-François, on ne dit pas je m'excuse, mais excuse-moi, c'est plus correct en français dit Steve en souriant, laissant la blancheur de sa dentition parfaite envahir la pièce d'une douce lumière rassurante.
-Excuse-moi, papa... s'aventura Jean-François.
-Je t'excuse, mon fils, tu es ma chair, tu es mon sang, je serai toujours là pour toi. Quoiqu'il arrive
-Je pense à maman, papa, elle...
-Chhhut, c'est bon mon petit. J'ai compris, coupa brutalement le paternel. On va finir ce que tu as commencé! assura Steve, J'en fais le serment. Parole de Braquemart.
Et ils rirent tous les deux, longuement, avec joie et plaisir comme un père qui retrouve son fils aimé, comme quand Jean-François n'était qu'un enfant qui faisait ses premiers pas dans l'aventure peu rassurante de la vie humaine.