dimanche 26 avril 2009

Conversations : épisode 14


Devant l'ordinateur

Elle: Qu'est-ce qu'il y a?
Moi: J'ai pas d'idées...
Elle: ça devait arriver. Même pas une petite?
Moi: Non, rien.
Elle: Bah, t'as qu'à parler de ça...
Moi: De quoi?
Elle: De rien.
Moi: Tu veux que je parle de rien?
Elle: Oui.
Moi: Mais j'ai rien à dire sur rien...
Elle: Cherche un peu!
Moi: Pfff.... Je vais pas tenir 10 lignes si je parle de rien.
Elle: Essaie toujours.
Moi: Bon, d'accord. Si je parle de rien, faut que je commence par quoi?
Elle: Alors, là, je ne vois pas du tout.
Moi: Tu vois, j'ai toujours rien à dire. Même sur rien...


Devant la corbeille de linge sale

Moi: T'as pas vu mon t-shirt Iggy Pop?
Elle: Au sale...
Moi: Mais je ne l'ai mis que deux fois cette semaine...
Elle: Raison de plus!
Moi: Je n'avais même pas dormi avec... T'exagères!


Devant une valise

Elle: Tu crois que t'as vraiment besoin de prendre tout ça?
Moi: De quoi?
Elle: Les disques... Pourquoi t'en prends autant? Ça ne sert à rien.
Moi: Si, c'est vachement important...
Elle: ...de se charger pour rien ???
Moi: Mais, non, c'est important pour moi.
Elle: Ah?
Moi: Oui, regarde. Chacun de mes disques correspond à un événement important. C'est un peu comme la b.o. de ma vie.
Elle: T'es vraiment con.
Moi: Mais, non, j'te jure. Tiens, regarde, j'en prends un au hasard, Doolitle, c'est le disque qui me rappelle le lycée, la terminale, celui-là de Pulp, c'est quand j'ai cassé avec ma première copine, Supergrass, pour moi ça sent l'été, les New York Dolls, ça me rappelle Paris, le métro, celui-là c'est Rome, celui-ci, c'est les vacances à Bordeaux, tu te rappelles ? Celui-là des Eagles of Death Metal, c'est la classe de neige. J'te dis, chaque disque me rappelle quelque chose de précis. Je peux tous te les faire. J'ai comme un rapport émotionnel avec la musique...
Elle: Vraiment?
Moi: Oui. Et là, je ne sais pas quel disque sera celui de nos prochaines vacances, alors, j'en prends quelques uns. On fera des essais une fois là-bas et tu verras, y'en a forcément un qui va rester.
Elle: On verra.
Moi: C'est scientifique.

samedi 25 avril 2009

Une chanson par jour, pendant 7 jours


Lundi :
New Order : Blue Monday

Mardi :
David Bowie : Love you till Tuesday

Mercredi :
Tori Amos : Wednesday

Jeudi :
Brian Eno : Thursday Afternoon

Vendredi :
Lily Allen : Friday Night

Samedi :
John Fogerty : Almost Saturday Night

Dimanche:
Blur : Sunday, Sunday

Il faut aussi voire surtout aller voir ici et là pour une prescription supplémentaire : http://pulp.blogs.courrierinternational.com/
http://mavienocturne.blogspot.com/2009/04/en-reponse-la-buse.html

vendredi 24 avril 2009

La métaphysique est-elle soluble dans le whisky? par Jacques Granola


Chapitre 14

- Vous n'avez rien à foutre ici, Braquemart! dit d'une voix perçante l'homme qui se tenait devant l'entrée.
Steve força le barrage et se dirigea vers le salon où plusieurs flics en uniforme ou en civil discutaillaient. Un type s'approcha de lui d'un pas certain et élégant. Ses cheveux étaient bien coiffés et son visage parfaitement lisse laissait entrevoir quelques micro coupures de rasoir. L'homme porta la main à sa bouche, toussota et entama:
- Steve, vous n'avez rien à faire ici, allez vous en! dit-il, avec quelques tremblements dans la voix.
- Si au contraire, ça me concerne... , répondit Steve
- Mais comment donc? ajouta l'homme
- Mais commandant Marcos...
- Pardon? dit le représentant de l'ordre surpris
- Je plaisante, dit Steve en plaisantant. Laissez-moi jeter un coup d'oeil, cinq minutes et après je m'en vais. Je ne ferai pas de foin, je vous le promets.
- Très bien, dit l'homme en se passant la main dans les cheveux. Après tout...
Mais Steve ne laissa pas le policier finir sa phrase car il s'était déjà dirigé vers la chambre à coucher.

Deux hommes se tenaient devant l'entrée. Ils dévisagèrent Steve mais ne le retinrent guère. Steve entra tel un courant d'air. Un homme était accroupi à côté d'un drap blanc tacheté de sang. Il notait des choses sur un petit carnet tout en portant régulièrement à sa bouche des petits beurres. Steve regarda ce petit manège pendant quelques instants. Un mot. Un biscuit. Des miettes que l'homme époussette de sa chemise à rayures.
- Sacré spectacle! entama Braquemart
- Pardon? dit l'homme assis en réajustant ses petites lunettes.
- Quel bordel, non? Vous avez trouvé quelque chose à vous mettre sous la dent, fiston? Hormis ces petits amuses gueules, poursuivit Steve en pointant du doigt le paquet de Petits Beurres.
- Je crois qu'il est mort, dit l'homme en désignant le drap sous lequel reposé le cadavre. Et, ajouta-t-il, je ne suis pas votre fiston, j'ai un nom, je m'appelle Emmanuel Bourdaud, affirma-t-il, tout en plongeant à nouveau sa main dans le paquet de biscuits.
- Très bien, fiston. Steve marqua une pause.
Il souleva le drap sous lequel reposaient les restes de Patrick Letterrier. Puis ajouta:
-Même sa propre mère ne pourrait pas le reconnaître!
- C'est moi qui ai réuni les morceaux, dit Emmanuel tout en cassant soigneusement avec ses dents un à un les quatre coins du petit beurre qu'il porta ensuite à sa bouche. Il avala puis reprit:
- Je n'ai pas tout retrouvé, il manque des parties. Mais le plus étrange, c'est ça!
Et il désigna le mur sur lequel était inscrit en lettres de sang un mot :
- Je n'y comprends rien. Mes collègues, non plus, ça n'a aucun sens! gémit Emmanuel.
-Pour vous peut-être, pour moi si! assura Steve avec certitude.
- Mais ce ne sont que des lettres qui ne veulent rien dire, couina avec un soupçon d'agacement Emmanuel, Zwéchiget, ça ne veut rien dire, c'est tout.
- On dirait que vous n'avez pas fait schleu première langue, fiston!
- Pardon?
- C'est de l'allemand, jeune homme : Zweckmässigkeit ohne Zweck, c'est la langue de Goethe et de Stendhal.
- Nom de dieu, et qu'est-ce que cela peut bien vouloir dire?
- Un effort, fiston! Vous m'avez l'air plus intelligent que les petites filles en uniforme du couloir! Réfléchissez, bon sang!
- Mais, je n'ai pas mon Harraps sur moi, monsieur Braquemart... pleurnicha-t-il.
- Vous avez votre tête, dit Steve en souriant et en faisant un clin d'oeil à Emmanuel.
- Zweck... zweck, ce mot me dit vaguement quelque chose... On en a parlé quand j'étais à la fac de police, réfléchit-il.
- Bon, je vous ai assez laissé mijoter, mon garçon. Zweckmässigkeit ohne Zweck est une expression allemande qui veut dire...
A ce moment la sonnerie du téléphone mobile de Steve retentit, il sortit son Nokia dernier cri de la poche de son veston, et l'éteignit visiblement énervé.
- Ma femme! Elle attendra... Je disais...
- A propos de chwézageuitte
- Oui, Zweckmässigkeit ohne Zweck est une expression allemande qui veut dire : finalité sans...
Emmanuel coupa Steve comme s'il venait de comprendre:
- ... sans fin!
- Tout à fait!
- Mais je n'y comprends rien... Qu'est-ce que cela? Nous ne sommes pas plus avancés.
- Vous, non. Moi, oui. C'est tout ce dont j'avais besoin. Ce n'est pas la première fois que cet modus operandi est mis en oeuvre...
- Vous voulez dire que vous connaissez déjà le coupable? dit Emmanuel très surpris
- L'avenir nous le dira.
- L'avenir avec 2 R?
- Pardon?
- Non, rien.
- Bref, je vais devoir y aller. On se reverra peut-être Emmanuel Bourdaud.
- J'espère! Bonne chance monsieur Braquemart, salua Emmanuel.
- Bonne chance à toi, fiston.
Et Steve disparut dans l'embrasure de la porte.

jeudi 23 avril 2009

Identification d'un écrivain (extrait du chapitre 61) par Jacques Granola

Dehors, il pleuvait à grosses cordes, je m'en souviens comme si c'était hier. J'étais seul chez ma tante Rose qui m'avait recueilli après la mort de mes chers parents. Je ne savais que faire car je m'ennuyais et je n'avais pas d'amis. Je regardai par la petite fenêtre aux vitres sales de ma petite chambre et je vis mes voisins, deux garçons de mon âge, qui sautaient dans des flaques d'eau et riaient à gorge déployée. Un profond sentiment de tristesse et de solitude m'envahit jusqu'à l'écœurement. Je faisais les cent pas dans cette pièce étroite qui sentait la naphtaline et l'amidon.
Alors je suppose que cela devait arriver. C'est ce que je me dis aujourd'hui, avec le recul comme si l'adulte que je suis à présent pardonnait l'enfant candide que j'étais.
Donc, comme tous les jeunes hommes à cet âge, j'ai essayé de m'occuper comme je le pouvais.

Je tirai l'épais rideau cramoisi de la fenêtre afin de créer une ambiance de pénombre qui allait de pair avec mon mal être. Je m'allongeai tranquillement dans le lit qui fit quelques craquements et j'allumai délicatement une lampe de chevet. Le matelas du lit était aussi dur que le pain que ma tante me donnait chaque soir à manger bien que je n'eusse pas tous les jours de quoi me sustenter. Je tendis ma main tremblante, et je fermai les yeux en tentant de faire le vide dans ma tête. Je ne pensais à rien. Ou dit plus exactement, je ne voulais penser à rien. Ce moment très intime, je voulais me le garder pour moi tout seul tel un secret personnel. qu'on ne peut partager J'attendis de longues minutes. Je ne sentais rien. Cela ne montait pas. Rien ne venait. M'y prenais-je correctement? J'eus soudainement peur, non pas à l'idée que ma tante puisse subitement rentrer et apparaître au seuil de ma porte de chambre, mais plutôt d'un échec. Pour moi, tout cela était nouveau. Et personne ne m'avait jamais expliqué. Je me raidissais de plus belle, et je fermais les yeux le plus profondément possible. Je pense que je transpirais. En tous les cas, je sentais ma respiration qui s'accélérait. Les secondes paraissaient des minutes, les minutes des heures, les heures des journées entières. Mais toujours rien. Pourtant, je m'efforçais. En vain.

Mais je ne baissais pas les bras, je continuai à persévérer. Je savais qu'il fallait que je continuasse. J'étais persuadé que quelque chose allait sortir.

Soudain, tout jaillit.

J'ouvris brusquement les yeux et me rassis sur le lit. Un sentiment étrange et inédit s'empara de moi, une espèce de calme, d'extase et d'excitation : je la tenais enfin. A pleines mains.
J'avais une idée parfaitement claire de ce qu'il fallait faire.

Alors, ma respiration redevint saccadée, je me levai rapidement du lit duquel je venais d'être et je me dirigeai vers ma petite table. Je pris un crayon et j'écrivis. Je l'avais enfin. Une idée. Une histoire. Je ne savais pas m'arrêter. J'écrivais à n'en plus finir. Enchainant les mots, reliant les phrases, juxtaposant les paragraphes.

Je n'avais que 11 ans à cette époque et pourtant quand je relis ce premier véritable écrit, je n'en rougis pas. Certes le style est moins assuré qu'aujourd'hui mais j'avais trouvé quelque chose. Je savais où j'allais. Je n'étais plus perdu. Pendant que les autres enfants de mon âge jouaient à sauter dans les flaques d'eau boueuse, je vécus cette étrange révélation avec les mots. A partir de ce jour, tout ma vie allait changer

mercredi 22 avril 2009

Les filles d'à côté : sur The Girl next door de Jack Ketchum


Cela vaut-il vraiment la peine d'en parler?
_____________________c'est une question à se poser (assurément)

Jack Ketchum est un auteur à la mode en ce moment. "Jack Ketchum, né en 1946, est considéré comme l'un des plus importants auteurs américains vivants" dixit la quatrième de couverture. Mouais. "C'est qui Ketchum? " Tu me demandes. Une espèce de Stephen King remis au gôut du jour depuis que Hollywood (mon amour) a décidé d'adapter ses romans (le très bon et très dérangeant THE LOST, sorti en dvd il y a quelques semaines). Enfin, dire que c'est du sous Stephen King, c'est un peu réducteur, mais on s'en fout. Ketchum, de son vrai nom Dallas Mayr, a en commun avec l'auteur de Shining, l'état du Maine ("Le Maine est un État des États-Unis situé à l’extrême nord-est du pays. Il est bordé à l’ouest et au nord par la province canadienne du Québec, au nord-est par la province du Nouveau-Brunswick, au sud-est par l'océan Atlantique, et au sud par l’État du New Hampshire."). Et c'est à peu près tout.

Je me demande si j'ai aimé ce que j'ai lu. Je n'arrive pas en m'en faire une idée claire et distincte. C'est difficile à dire.
Ce qui intéresse Ketchum, c'est l'horreur pure ancrée dans le quotidien le plus banal qui soit. C'est peut-être pour cela que pendant les 165 premières pages, il se passe que dalle. Car il faut bien l'avouer, ses bouquins sont tous un peu construits de la même manière comme s'il avait trouvé la recette magique : quasiment rien dans les 100 premières pages puis une brusque rupture de ton.
Prenons par exemple, The girl next door (une fille comme les autres in french, son quatrième roman). Cela commence un peu comme Stand By Me. Un type se remémore un événément survenu dans son enfance (donc en 1950 sur fond de rock and roll, de bouteilles de coca en verre et de fêtes foraines) qui a changé à tout jamais sa vie. Cet événément, c'est l'arrivée de Meg et de sa soeur Susan chez ses voisins et copains de jeu (d'où le titre The girl next door, tu suis?), bref, suite à un accident de la route dans lequel leurs parents ont trouvé la mort, Meg (qui ne garde que des cicatrices) et Susan, sa petite soeur, (qui, elle, ne peut se déplacer qu'avec des prothèse orthopédiques) se retrouvent sous la tutelle de leur tante Ruth. Meg est belle, Meg est jeune, Meg est cool. C'est l'été. Bien évidemment. Les voisins n'ont pas très bonne réputation, la mère, qui élève seule ses fils depuis que son irlandais de mari s'est cassé, fait copain-copain avec tous les mioches qui traînent chez elle, leur raconte des histoires un peu vicieuces, les laisse faire des trucs de grands et sirotent des bières devant la télé avec toute la bande. Pendant 165 pages ou presque, donc, il ne se passe pas grand chose, c'est écrit très gros, interligne double, il y a beaucoup de dialogues et les chapitres sont très courts. Alors, on se demande si cela ne pue pas l'arnaque. Il est où ce 'plus important auteur américain vivant"?

Justement. Il y a peut-être quelque chose à se mettre sous la dent. Car malgré l'économie stylistique de l'auteur, on trouve quand même une qualité certaine. On parlera alors volontiers de concision. Car en un mot, une phrase de dialogue, un geste, on cerne tout de suite la psychologie des personnages et les enjeux dramatiques. Un peu comme Lost, la série. à la télé Beaucoup croient qu'ils ne se passent rien, alors que depuis cinq ans, les auteurs tissent patiemment les fils d'une toile aux idées foisonnantes faisant de la série un objet d'une beauté et d'une complexité tout à fait fascinantes.

Mais revenons à nos moutons.
Au bout d'une centaine de pages, à la surprise du lecteur aux paupières un peu alourdies, tout bascule. Et là, on se relève un peu de son fauteuil, réhausse ses lunettes et on reprend sa lecture.
Après une dispute entre gamins, où les garçons en chatouillant Meg, ont essayé de lui toucher les tétés, celle-ci est enfermée dans la cave, attachée et baillonnée. Elle est punie. Et elle doit avouer. Les gamins pensent qu'il s'agit d'un jeu. Alors ils jouent. Et la mère les encourage . Meg va alors être victime des pires atrocités pendant plusieurs semaines.
Le narrateur, tu sais le type qui se remémore du début, va assister à tout cela d'une manière complètement passive. Ne sachant comment réagir face à la violence de ses anciens camarades de jeu et de leur maman dont les neurones partent vite en 8. A la fois effrayé et révolté, condamnant le comportement inhumain de ses voisins, mais ne sachant jamais si la punition est juste ou non, il ne peut toutefois s'empêcher d'assister aux scènes de torture fasciné par le corps de la jeune Meg qui endure toutes les souffrances sans mot dire. Un corps lacéré, sali, ruisselant de sueur dont la nudité extrême attisent les désirs des garçons qui n'ont même pas internet pour se défouler (on est en 1950). Le changement se fait aussi au niveau du style, et Ketchum rallonge ses phrases en découvrant les compléments circonstanciels et la descrpition. Mais ce n'est quand même ni Balzac ni Proust. Et les phrases restent généralement à leur construction la plus simple : sujet-verbe-complément.
Et alors?
Bah, alors, rien.

C'est franchement insoutenable mais on se retrouve aussi dans la position du narrateur qui ne peut s'empêcher d'aller voir ce qui se passe à côté chez ses voisins. Tout est livré d'une manière frontale et brutale.

C'est donc au fond l'histoire de la rencontre de deux mondes quotidiens, voire trois, qui s'entrechoquent durant ces 150 dernières pages. Disons qu'avant ce basculement dans la barbarie, le quotidien du narrateur, de ses voisins et de Meg était sensiblement le même. Puis, au moment où le premier coup est porté, chacun se met à vivre dans son monde quotidien. Je dis ça, c'est parce que j'ai pensé à un truc sur Husserl pendant que je lisais le bouquin. J'ai dû fouiller longuement pour retrouver la bonne citation. C'était dans Hua XV (franchement moins bon que le XIV), p.214 si tu veux tout savoir:
"Nous (et moi en particulier) apprenons à connaître les étrangers comme des sujets d'un monde étranger qu'ils éprouvent de manière cohérente dans leur vie sociale. Corrélativement à ce monde, qui vaut pour eux comme monde de la vie et monde en général, il existe donc des hommes qui ont d'autres expériences, un autre environnement naturel, d'autres buts vitaux, d'autres croyances de toutes sortes, d'autres habitudes, d'autres manières pratiques de se comporter, d'autres traditions. De mon côté, mon monde s'étend (à savoir pour ma communauté sociale) jusqu'à ce qu'il y ait une autre communauté sociale, vivant et se comportement autrement, appréhendant le monde autrement, mais possédant aussi en fait un autre monde culturel qui vaut pour eux et non pour moi."

Je ne sais pas si tout cela est bien pertinent. Mais bon, au moins, Ketchum m'a permis de remettre un peu le nez dans Husserl.
Et puis, comme ça, je me dis que Ketchum, quand même, tout Husserlien qu'il est, doit être de ce point de vue là "l'un des plus importants auteurs américains vivants" (dixit la quatrième de couverture).

Une fille comme les autres, chez L'Ombre de Bragelonne, 351 pages, 20 euros

samedi 18 avril 2009

Conversations : episode 13


A une soirée

Moi: ça doit être vraiment bien de se réveiller à côté de toi...
Elle: Pardon?
Moi: Non, rien... C'est juste que... enfin... Laisse tomber...


Entre les murs

Elle: Vous voyez, le passé simple et l'imparfait, c'est un peu comme un match de foot...
Eux: ???
Elle: Oui. Regardez bien, quand on veut décrire ce qui se passe dans les gradins, parler de l'ambiance du stade, des supporters, on utilise l'imparfait. Mais quand on veut parler de ce qui se passe sur le terrain, de l'action, du jeu, alors là, on utilise le passé simple.
Eux:...
Elle: Quand Ribéry marque un but, là on utilise le passé simple. Et quand la foule se soulève lorsqu' il marque ce but, on utilise l'imparfait.


Devant la cheminée

Elle: Je trouve que tu bois trop quand même...
Moi: Je me détends...
Elle: Tous les soirs!
Moi: Ce n'est qu'un verre...
Elle: Un verre de trop!
Moi: Soit.
Elle: Soit quoi?
Moi: Je trouve que j'ai quand même l'alcoolisme littéraire, non?
Elle: Quoi? C'est n'importe quoi! Ça veut dire quoi, au juste?
Moi: Bah, je sais pas, c'est pour me rassurer, je crois.

Dans la rue

Moi: Tu verras, je vais me servir de tout ce que vous avez dit et je le replacerai dans des conversations...
Lui: Tu peux toujours essayer....


A un repas

Lui : T'es quand même un type sensible sur le fond, non?
Lui: Quoi? Moi? Sensible! Non, je ne pense pas... je... Pas du tout.
Lui: Attends, je te dis simplement un truc, et là, tu pars au quart de tour...
Lui: Mais pas du tout mon cher ami!
Lui: Ah, si quand même... Je trouve. Je rectifie, tu n'es pas sensible, c'est vrai, t'es plutôt du genre fleur bleue, non?
Lui: Mais, ma parole, je rêve! Alors là... Explique moi comment on peut passer de sensible à fleur bleue? Franchement?
Lui: C'est exactement ce que je veux dire... Tu es fleur bleue, il n'y a aucun doute.

A une soirée

Moi: "T'es vraiment une fille super.... " Tu crois que c'est ça que j'aurai dû lui dire? T'es trop cool comme fille? Un truc comme ça?
Lui: Bah, je ne sais pas, tu sais, moi....
Moi: Putain, la loose... En plus, elle n'a rien entendu, j'étais là comme un con à parler dans le vide...
Lui: Mais tu lui as dit quoi, au juste?
Moi: J'en sais rien... J'ai improvisé. Ce que je ressentais, je crois... Que je ne savais pas si je préférais qu'elle soit ma meilleure amie ou simplement ma copine, qu'elle sentait trop bon et qu'évidemment, elle était trop cool. Putain, c'est nul, la honte, j'te dis...
Lui: Attends, c'est rien... T'es pas prêt de la revoir, non plus...
Moi: Bah, justement...
Lui: Et le type là-bas, à côté d'elle, c'est qui...
Moi: Son copain

En voiture

Moi: C'est vachement important la musique dans une voiture. Il faut faire le bon choix. On ne peut pas mettre n'importe quoi... avec n'importe qui...
Lui: Ah?
Moi: Bah, oui, il y a des disques qui ne passent pas du tout dans une caisse...
Lui: Du genre?
Moi: Milestones, par exemple, c'est moyen sur le trajet du travail... Je dis pas que le disque est mauvais, chez toi le soir, pénard, c'est génial, mais en voiture, le matin, pour aller bosser, je ne trouve pas cela très convainquant. Fleetwood Mac en revanche, ça passe très bien. Un bon Iggy, aussi. The idiot, c'est bon. Tout dépend de ton humeur ou de la personne avec qui tu voyages... C'est évident...
Lui: Ah?
Moi: Quand je n'aime pas mon passager ou ma passagère, je lui colle un coup de Ligeti ou de Penderecki avec le volume sur 22.
Lui: Et ça marche?
Moi: Je le mets suffisament fort pour ne plus l'entendre parler...
Lui: T'es vraiment malade... Et si tu aimes bien la personne avec qui tu fais la route?
Moi: Bah, je ne sais pas... J'essaierai de mettre un truc avec un message caché, non? Perfect Day, ça devrait bien marcher? Je ne sais pas, en fait. Pour l'instant mon problème, c'est de me débarrasser de mon co-voiturage...


Dans la voiture

Moi: Attends, je n'ai pas dit ça.... J'ai juste l'impression qu'elle était un peu génée, c'est tout.
Elle: Mais pas du tout, elle déconnait.
Moi: Je ne crois pas, franchement. Il y avait vraiment un malaise quand le type a commencé à lui faire des avances.
Elle: C'était une blague!
Moi: Mais, merde, arrête de me faire croire qu'il y avait un sens caché à cette soirée qui m'aurait complétement échappé. C'était une fête nase, je me suis profondément ennuyé. Point.
Elle: Pfff, t'as l'alcool méchant.
Moi: Justement, je n'ai rien bu.
Elle: Hé bien, t'aurais dû!
Moi: Je ne suis pas très fan du whisky-coca chaud...
Elle: On n'ira plus. T'as gagné.
Moi: Mais, ce n'est pas du tout ce que je voulais dire.
Elle: C'est bon.
Moi: J'aime bien m'ennuyer dans ce genre de fête.
Elle: T'es vraiment chiant.

dimanche 5 avril 2009

Conversations : episode 12


Au café

Lui: Tiens, je viens de finir un bouquin vachement bien...
Moi: Ah, oui? C'est quoi?
Lui: Le dernier Bégaudeau...
Moi: Ha Ha Ha!
Lui: Pourquoi tu ris?
Moi: Hi hi hi!
Lui: Arrête, enfin. C'est chiant, on peut jamais parler de trucs sérieux avec toi.
Moi: (soupir) Merci.


Devant le gâteau

Moi: Qu'est que c'est?
Lui: Une senséo !
Moi: ???
Lui: Non, je déconne, c'est un livre!
Moi: Ah? Ah! Le dernier Bégaudeau... Merci, j'aime bien... Franchement... Merci
Lui: Je savais que ça te ferait plaisir! Il est prof aussi... T'as vu "Entre les murs"?
Moi: (soupir) Merci.


Sur le canapé

Moi: C'est marrant, depuis que j'ai mes nouvelles lunettes, je vois net.
Elle: C'est un peu normal, non?
Moi: Bah, oui. Fondamentalement, oui, mais j'ai un peu l'impression d'être Peter Parker qui découvre ses super-pouvoirs!

Devant l'ordinateur

Moi: C'est drôle quand je tape Bégaudeau... ça le souligne en rouge, doit y avoir une erreur quelque part...


Au téléphone

Lui: Alors, un an de plus! ça y'est!
Moi: Oui, ça y'est...
Lui: C'est un cap, ça doit te faire bizarre? C'est pas trop dur?
Moi: Non, franchement non, j'ai eu plus de mal avec le changement d'heure, la semaine dernière...