Cette semaine, au lieu d'écouter Nagui et son copain pas drôle à la radio, j'ai préféré, à l'heure du petit déjeuner, me réveiller avec le dernier album de Daniel Darc.Bon, d'accord, ce n'est pas tellement un album du matin. Entre deux cracottes, un bol de chocapic et un café, l'ambiance ne colle pas trop.
Mais, les chansons me restaient dans la tête toute la journée et me donnaient par conséquent l'irrésistible envie de l'écouter à nouveau le soir, un verre de vin à mes côtés.
Au cours de certaines matinées, il m'est arrivé plusieurs fois de fredonner sans que je m'en rende compte quelques notes du sublime "J'irai au paradis". Des yeux écarquillés, des visages hagards se tournaient alors vers moi, accompagnés de rires moqueurs mais étouffés.
J'aurais alors aimé répondre à ces jeunes âmes impures que j'avais écouté, à l'heure où ils se passaient un coton de Biactol sur le visage, un disque bouleversant, que c'était quand même mieux que leur opportuniste Yelle. Mais j'entendais déjà le crissement de la lame des cutters sortir de leur cadre en plastique.
Alors, je n'ai rien dit. j'ai repensé à "ça ne sert à rien" (piste 6) et j'ai attendu la fin de journée, paisiblement, avec les méLOdies du dernier Darc dans la tête.
Et je suis rentré. Heureux de retrouver le disque posé sur mon bureau.
Comme Crève-Coeur, son précédent album, Amours Suprêmes est un album entier et réfléchi. On aimerait dire "authentique" si le mot n'était pas tant annagalvaudé.
Il n'y a rien à jeter. Curieux, pour un déchet comme Daniel Darc qui a survécu à peu près à tout. C'est peut-être parce que le disque est court. Mais tout est parfaitement dosé. C'est fait avec suffisamment de goût et de raffinement pour ne pas sombrer dans le ridicule. Il ne manque pas grand chose pour que tout s'écroule, mais tout tient, on ne sait comment, comme Darc. Que ce soit l'ambiance très velvetienne du premier morceau ou le duo avec Bashung, on sent bien que Darc et Fredéric Lo ont parfaitement digéré une certaine culture musicale et qu'ils sont capables de partir de tout cet héritage pour aller plus loin encore et trouver leur propre ton sans jamais tomber dans la gimmick facile ou le ridicule le plus affligeant. C'est donc un disque rock, un vrai comme il n'en existe pas beaucoup en France, avec des textes durs comme de la corne sur les mains. Des textes qui sentent le vécu. Elliptiques. Ethyliques. Il est rassurant de les écouter chez soi, bien au chaud, à l'abri des regards et des tentations.
C'est un disque qu'on écoute tous les jours, même le matin.















