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vendredi 15 février 2008

Puke

Tout cela avait commencé comme une mauvaise blague. On n’avait pas d’argent, on n’avait pas de boulot alors on s’est dit que ça pouvait être une bonne idée. Au début, on voulait capitaliser sur la misère sentimentale des gens. C'était un business comme un autre. Plus ils étaient seuls et malheureux, plus ils correspondaient à notre type de client idéal. Et puis ce que l’on n'avait pas prévu, c’est qu’il y a beaucoup de personnes seules. Tout le monde s'est alors mis à en parler, on est passé à la télé, à la radio, on a reçu des coups de téléphone de personnes importantes qui nous tutoyer et nous parler en kilo euros ou je-ne-sais-quoi. Les visites sur notre site croissaient de jour en jour. Vous ouvriez un journal, vous tombiez inévitablement sur l'une de nos annonces. Nos affiches étaient collées sur tous les murs. Nos slogans étaient dans toutes les têtes.
Et c’est devenu ce que tout le monde connaît maintenant.

Je m’appelle Tom Vivet et je suis l’inventeur de Copain-Minute™ .

Avec Copain-Minute™ , tu n’iras plus jamais seul au ciné, tu ne sortiras plus jamais seul en boîte ou en soirée, tu ne passeras plus un réveillon, un jour d'anniversaire, une remise de dipôme, seul. Quoique tu fasses, ou que tu ailles, il y aura toujours un Copain-Minute™ pour toi. A choisir parmi une gamme élaborée et finement sélectionnée de profils personnalisés. L’ami rigolo, l’ami attentif, l’ami confident, l'ami intello, l'ami cuistot. Mâle ou femelle. Beau ou laid. Grand ou petit. Jeune ou vieux. Riche ou pauvre. Un large choix et une satisfaction garantie.

A la fin, on n’avait même plus besoin de faire de la pub. Les gens nous connaissaient. Ils savaient où appeler.

Notre produit star ? Le copain petit au physique quelconque. Les beaux n’ont jamais eu de succès parmi notre clientèle mâle d’orientation hétérosexuelle. Ce que les hommes seuls cherchent : c’est avant tout un copain pas trop beau, pas trop intelligent qui les mette en valeur et leur permette de passer pour un homme au physique plus agréable. Ce qu’ils cherchent, c'est un homme qui leur soit inférieur, qui ne soit pas tant leur ami mais un accessoire de plus pour pouvoir séduire une femme. Entre un petit moche pas trop con, et un type assez normal, il y a des chances, se disent-ils, pour que la fille choisisse le mec assez normal. Mais parfois, elles choisissent le nôtre. C’est pour dire si nos produits sont de qualité. Néanmoins la consigne était claire, sur le temps de Copain-Minute™ , tant que tu es en location, tu dois rester avec le client. Pas question de sauter sur la première fille qui te cligne de l’œil.

Les choses ont toujours été très claires là-dessus. Nous avions une éthique irréprochable. Nos produits n’étaient que des copains de substitution. Jamais de sexe. Jamais de contact trop physique. Une poignée de mains à la limite.

C’était la même chose avec les filles.
Au début, j’avais refusé que Copain-Minute™ propose des amis de substitution féminins. Certains mecs auraient tout de suite cru qu’ils pouvaient se les taper. Et ce n’est pas la clientèle que nous souhaitions avoir. Aujourd’hui les règles sont simples, nous avons un catalogue d’amies de substitution réservées à la clientèle féminine. Nous en avons un autre pour la clientèle masculine. Mais, si un homme souhaite une amie de substitution, vous devez le savoir, il faut remplir un dossier, il y a des conditions. Disons que sur 100 demandes d’hommes souhaitant une relation amicale avec une femme de notre catalogue, seulement une dizaine voient leur requête aboutir. Il faut remplir correctement le dossier et correspondre à notre profil clientèle. C’est tout. Le prix est plus élevé que pour un copain homme. C’est vrai aussi. Mais tous nos clients ont toujours été satisfaits.
C'est notre priorité. Vous apporter la qualité. Mais je n'ai pas besoin de faire un autre discours là-dessus. Vous savez ce que nous valons, vous nous faîtes confiance, vous nous connaissez parfaitement. Le problème est que si la situation est telle aujourd'hui, je me dis que c'est un peu notre faute. Ai-je tort? Allez, regardez un peu autour de vous. Depuis combien de temps n'avez-vous pas eu un véritable ami ? Honnêtement. La dernière fois que vous êtes sorti, vous avez fait appel à nos services. Je me trompe? Ouvrez votre carnet d'adresses. Ce ne sont que des références de nos catalogues. Non? Vous vous êtes peu à peu éloigné de vos propres amis et vos amis ont fait de même. Chacun lui préférant un Copain-Minute™ . Ce n'est pas votre faute. Comme je vous le disais tout à l'heure, nous sommes les meilleurs. Nous sommes les seuls sur le marché.

(à suivre)

Rentrée littéraire en hiver


Le nouveau Claro. Le Bolaño posthume. Et pis, le dernier Granola (une aventure inédite de Braquemart!). Elle n'est pas belle la vie?

samedi 19 janvier 2008

Une question d'habitude

Je me suis habitué peu à peu à ne plus mettre de sucre dans mon café pour en apprécier toute la véritable saveur.
Je me suis habitué à ne plus fumer pour pouvoir sentir à nouveau toutes les odeurs de ton parfum.
Je me suis habitué à me lever tôt et à me coucher tard pour être avec toi un maximum de temps.
Je me suis habitué à notre quotidien, aux courses chez Auchan, aux promenades dans le parc.
Je me suis habitué à tes livres qui cachaient les miens dans la bibliothèque
Je me suis habitué à tes amies, à tes parents, à tes collègues
Je me suis habitué à tes silences.
Je me suis habitué à boire pour trouver l'ivresse que l'amour ne nous donnait plus.
Je me suis habitué à dormir sur le canapé, seul, la télé allumée
Ne t'inquiète pas, je m'habituerai à ton absence.

lundi 31 décembre 2007

Les chiens aiment-ils qu'on les appelle par leur petit nom?

Les gens qui choisissent sciemment un nom pour leur chien sont-ils heureux ?

D’accord, l’acte en lui-même n’est pas blâmable, si j’avais moi-même un chien, je pense que je lui donnerai un nom, non par conviction mais par convention sociale. Tout de même. Cela me donne l’irrépressible envie de vider une bouteille de Tequila.

Que peut-il se passer dans la tête de ces personnes qui, larmes à l’œil, fixent leur nouveau clébard ronflant sur leur couverture élimée du canapé et se réjouissent d’avoir trouver le nom de leur toutou Cannelle, pendant les informations régionales de France 3 ? « Lui au moins, il nous comprend » Et bien non, justement, il ne comprend pas un traître mot de vos apitoiements existentiels. Il s’en fout complètement. Il n’écoute pas, il guette vos moindres gestes, le signal corporel (un redressement dans votre canapé, un claquement de mains, une intonation vocale…) qui indiquerait une éventuelle promenade.

Mais quelle idée aussi de l’appeler Cannelle…

Déjà, peu de chien sente la cannelle. Un chien, il faut bien le dire, sent souvent mauvais. Même quand il est sec. Ce n’est un secret pour personne. Mais surtout, un chien est fondamentalement con. La preuve est qu’il accepte sans broncher qu’on l’appelle par des noms tout aussi navrants les uns que les autres : Rex, Médor, Pépette, Tina, Max, Princesse. Un chien répondra toujours, même si apparemment (je dis «apparemment » parce que c’est ma boulangère qui l’affirme), on le tape.

Va essayer d’appeler un chat Cannelle, c’est à coups de griffes dans la gueule qu’il te fera comprendre qu’il ne faut pas trop le traiter comme un chien.
Alors, est-ce peut-être pour pallier cette idiotie toute canine que certains tentent de rendre leur clebs plus intelligent qu’il n’en a l’air en le baptisant d’illustres noms de savants, de penseurs ou d’artistes. Ainsi, tel labrador répondra au nom de Platon, tel Fox Terrier à celui d’Einstein, ou bien tel boxer français à celui d’Armstrong. Mais tous ces artifices semblent bien vains et ne peuvent cacher la véritable nature du meilleur ami de l’homme. La définition (au sens Leibnizien du terme) d’un chien, sa clébarité, est, admettons-le, très proche de celle d’un nouveau né : ça chie, ça dort, ça gueule.

Et voir Platon qui bouffe mes converses, prend la meilleure place du canapé et aboie continuellement comme s’il avait une écharde dans la patte me donne envie de rester cynique.

mercredi 12 décembre 2007

D&co

La décoration d'appartement est une étape importante dans la vie d'un homme (et encore plus dans celle d'un couple) et demande une véritable réflexion. On ne voit pas un individu accrocher, sur le mur juste au-dessus de son écran plasma, une mauvaise reproduction d'un classique de la peinture moderne sans une réelle conviction de choix qu'il puisse ouvertement justifiée à qui viendrait dans son salon si peu accueillant pour prendre l'apéro.

Ainsi, untel affirmera son goût pour la musique contemporaine en présentant une partition sous verre, un autre sa passion pour le jazz qu'il n'écoute pas mais dont l'imagerie semble en quelque sorte définir l'atmosphère qu'il aimerait créer chez lui. Il faut dire que le choix est crucial car il atteste non seulement d'un plus ou moins bon goût mais surtout, le choix de cette décoration, qui reflète cette part de soi-même réifiée, est la première chose sur laquelle un étranger, une personne extérieure à ton intérieur va te juger. Certains, d'ailleurs, ont si bien assimilé cette idée qu'au lieu d'accrocher un cadre, une affiche, ou une peinture d'un artiste local sans talent, offrent en spectacle leurs étagères dégueulant de bouquins qu'ils n'ont pas lus mais qu'ils exposent comme des bibelots soulignant clairement leur besoin d'affirmer leur appartenance à une certaine élite qui n'a d'intellectuelle que le nom. Je n'ai pas lu Proust encore moins les Fleurs du Mal mais si tu viens dans mon salon, tu peux être sûr d'y trouver les éditions les plus luxueuses que tu réves d'avoir mais que tu ne pourras jamais te payer. Forcément en grand format, puisque tu dois bien voir qu'à côté d'A la recherche, c'est bien l'intégrale de Balzac. C'est clair, ça fait pitié à côté de tes Folio.

Ce problème, de savoir quelle décoration correspond à mon moi profond, à l'image que j'aimerai renvoyer à mes hôtes, je me le pose depuis plusieurs années, bien avant que les émissions dominicales de décoration deviennent incontournables, incapable de choisir entre deux photos.

Suis-je :




Ou plutôt:

Tu remarqueras au passage une petite ressemblance entre ces 2 clichés.

Admettons que je choisisse Brel, Brassens et Ferré, c'est l'assurance de ne pas tomber dans une certaine originalité qui pourrait effrayer une rencontre d'un soir. Cela garantit à coups sûrs que nous sommes chez quelqu'un qui a un certain goût pour les lettres, pour la langue française, pour les mots, pour la discussion. On imagine bien la photographie encadrée au dessus d'une cheminée, l'accordéon posé dans un coin, les bouteilles de vin dans un autre. On a envie de s'asseoir. De taper le carton ou de faire un scrabble. On se sent chez soi.

Mais c'est aussi ouvertement dire à l'invité qu'il ne trouvera aucune extravagance en ces lieux mis à part ton chat qui louche à qui tu as donné le nom de Georges ou un truc comme ça. En d'autres termes c'est avouer que tu n'es pas ce genre de type qui couche le premier soir. Ton truc à toi, c'est le contact humain. Tu préfères d'abord parler autour d'un bon verre jusqu'au bout de la nuit, écouter un peu de musique, frôler une main, un genou, faire connaissance, quoi, et cacher honteusement que tu n'as pas vu une fille nue depuis au moins 2 ans. Mais bon, au moins chez toi, on s'y sent bien, on aime ta complicité, ton mode de vie (car oui, tu tries tes ordures et tu manges bio).

Tout le contraire de la seconde photographie qui met en avant ton côté rock and roll, un peu excessif du type qui sait que s'il ramène une fille à la maison c'est que ce n'est pas pour discuter poésie. Tu sens la sueur mais tu t'en fous. Le vin remplace la bière et les trois cendriers qui sont posés sur la table basse, jonchée de vieux Rock and Folk et d'un bouquin en anglais sur Dylan, débordent de cendres et de mégots. En outre, juste en dessous de cette photo, on découvre une superbe platine vinyle assez vintage, à côté de laquelle seraient religieusement classés les éditions originales de Bowie, des Stooges, de Led Zep, de Lou Reed et du Velvet.

Que choisir alors? Suis-je le genre de type qui porte des chaussons et passe ses soirées en robe de chambre à écrire, discuter en dégustant du vin de qualité? Ou suis-je ce type qui descend une bouteille de Glenlivet en écoutant The Quine Tapes et qui ramène des conquêtes d'un soir ?

Putain, c'est sûr, j'aurai du choisir Techtonik...

jeudi 29 novembre 2007

Blague de prof

Consigne :

1) Allez sur le site de l'anpe


2) Cliquez sur "rechercher des offres d'emploi"


3) Tapez "rien"

A partir de cette recherche, vous réaliserez un texte argumentatif n'excédant pas les 10 pages sur la déliquescence du système éducatif
français.


mercredi 28 novembre 2007

Faut-il être suédois?

Comme tous les suédois (il me semble), Stig Dageman voit la vie en noir et blanc, marié, dépressif, désespéré et suicidaire.

Comme tous les américains (il me semble
toujours), Charlie voit la vie en couleurs sur un écran géant. Célibataire, béotien, bien dans sa peau.

Stig et Charlie sont riches, raisonnablement célèbres et partagent le goût pour les voitures ou le jeu.

Pour Dageman, il paraît que notre besoin de consolation est impossible à rassasier.
Pour Charlie, il paraît que c'est notre besoin de fornication qui est impossible à rassasier.

Si seulement ces deux-là avaient pu se rencontrer... Peut-être que le pauvre Stig n'aurait pas été jusqu'au bout de son amour pour les automobiles.

La consolation de Charlie, justement, c'est d'appliquer consciencieusement, dans la vie, la règle des 3B*. En cela, ce cher Stig avait certainement raison, il y en a qui ont trouvé une consolation définitivement apaisante, absolue, mais il faut bien le dire assez fallacieuse. Le genre de consolation que Stig n'approche qu'occasionnellement et de manière somme toute éphémère.

Charlie, il s'en fout un peu de tout ça : la mort, l'écriture, la liberté. Lui, il porte des chemises cool en lin, des shorts avec des chaussettes blanches et des chaussures bateaux, Il vit dans une belle maison à Malibu, avec vue sur la mer et voisine nympho. Bon, d'accord, depuis que son frère a débarqué chez lui après un mariage raté, c'est sûr que c'est moins la fête tous les soirs. Surtout quand son gros gamin de 10 ans vient une semaine sur deux. Mais, Charlie, il s'en fout encore un peu. Il va en profiter pour apprendre plein de gros mots à son neveu et lui montrer que dans la vie, pour être heureux, il suffit simplement de s'en tenir aux 3B.

Un soulèvement de sourcil. Un pincement de lèvres. Une vanne. Telle est la parfaite harmonie de Charlie. Pas la peine de se triturer le ciboulot de questions existentielles comme chez le bouffeur de Krisprolls. Une bouteille de vodka suffit.

C'est vrai qu'on se marre bien chez Charlie (enfin jusqu'à la saison 3), et c'est d'ailleurs une consolation largement suffisante qui permet sans doute de lire ce cher Stig sans avoir à se soucier de chercher, une fois sa lecture terminée, "une consolation qui soit plus qu'une consolation".

Mais c'est vrai aussi que je ne suis qu'une buse qui trouve de la consolation un peu dans tout et n'importe quoi.


Stig Dagerman, Notre besoin de consolation est impossible à rassasier, Actes sud
(encore merci à Bartleby! Allez voir sa notule pour une vraie et pertinente analyse du texte)


Chuck Lorre et Lee Aronsohn, Mon Oncle Charlie, coffret des saisons 1 et 2 chez Warner Home Video


Note : La règle des 3b, plus qu'une hygiène de vie, est une véritable philosophie qui demande abnégation, patience et pratique quotidienne. A l'origine, ce courant de pensée se définissait par les 3 actions suivantes : Boire, Baiser, Buller. Mais depuis l'avènement du post-modernisme et du capitalisme sentimental, il est fort possible, semble-t-il, de remplacer l'un de B par Bouquiner. Certains y voient alors une espèce de dialectique hégélienne.

jeudi 22 novembre 2007

Histoire pas vraie écrite après avoir bu trop de mauvais vin que c'était même pas du Beaujolais...


Faire l'amour avec une actrice de X est en vérité très décevant.


Sa langue avait encore le goût du rhum orange qu'elle avait bu pendant toute cette ennuyeuse soirée et du tabac de ses fines cigarettes mentholées. Malgré sa volonté de paraître très douce, ses gestes étaient automatiques, programmés, déshumanisés. Elle voulait revenir à l'érotique mais elle ne pouvait pas échapper au pornographique. Simple déformation professionnelle. Tout commença à devenir vulgaire, bestial, industriel. Sa façon de bouger. Son parfum. Une de mes mains libre chercha à lui caresser les jambes. Elle rit. "je ne me suis pas épilée, ce n'est pas très agréable". Et elle commença à m'expliquer qu'entre deux tournages elle laissait reposer sa peau y compris ses parties intimes pour leur redonner une certaine élasticité. Puis, elle dirigea sa bouche vers mon oreille. Elle en suça le lobe et me chuchota un truc que je ne compris pas. La tête me tournait. L'alcool probablement. Certainement pas le désir. Elle se déshabilla complètement comme si elle enfilait son bleu de travail. Elle ne me regarda qu'une fois complètement nue. "A ton tour". A ces paroles, elle se mit à onduler son corps parfaitement entretenu au premier coup d'oeil mais gâché par de mauvais tatouages à l'encre bleue représentant un oiseau exotique ou un coeur ailé. Elle dansait sans grâce et sans trop de conviction. Mécaniquement encore. Il n'y avait pas de musique de toute façon. Seuls le frottement de ses mains sur ses seins et son souffle de plus en plus haletant chassaient le silence de la pièce. Ses yeux rougis par la fatigue, l'alcool et la clope lui donnaient l'air d'une junkie. Je n'avais pas fait attention à mes sous-vêtements. Je portais depuis ce matin un caleçon noir avec un écusson d'Homer Simpson brodé sur la cuisse gauche. Elle n'y prêta aucune attention.


Elle s'approcha du lit et se coucha sur moi ne me laissant pas le temps d'enlever mes chaussettes. Ses cheveux tombèrent sur mon visage. Une odeur de vanille, d'après-shampooing bon marché et de cigarette arriva jusqu'à mes narines. Je l'embrassai dans le cou sans trop savoir ce que je faisais. Elle sentait la transpiration mêlée à l'odeur plus discrète de déodorant quelconque. Ses lèvres étaient froides. Pendant que je l'embrassais dans le creux des épaules elle avait pris la bouteille de vodka posée sur la table de nuit et en avait bu une gorgée. Elle continua à poser sa bouche sur mon corps, descendit le long de mes épaules puis atteignit mon ventre. Elle respirait bruyamment et gémissait régulièrement, mais ses cris ressemblaient à un râle de chanteuse R'n'B...... (à suivre? non. Bonne nuit.)

dimanche 18 novembre 2007

Message au nouveau lecteur

Entre, fais comme chez toi...


Droit (possible) de réponse au lecteur de Télérama

Cher monsieur La Buse
(j’espère pour vous qu’il s’agit d’un pseudonyme),

J’ai beaucoup d’humour mais je dois avouer que je n’ai pas compris votre notule assassine sur les lecteurs de Télérama (dont je fais parti !). Oui, j’écoute France Inter dès potron-minet, je regarde Arte et il m’arrive de temps en temps, s’il me reste quelques pièces après l’achat d’une baguette, de lire Libération, mais vu le prix du pain actuellement, j’avoue me contenter des quotidiens gratuits (même si je trouve qu’ils tuent la presse française et sa liberté d’expression).

Que diable ! Qu’est-ce qui vous autorise à contester le droit de se cultiver ? Est-ce notre faute à nous si le niveau intellectuel des émissions à la télévision est si bas ? De toute façon, je n’ai plus la télé. Nous l’avons supprimée du salon cet été. Mais avec Télérama, j’ai une autre vision de l’actualité. Moi-même enseignant en lettres, je peux être gré à l’hebdomadaire de m’avoir fait découvrir bon nombre de cinéastes, d’écrivains ou de musiciens que je n’aurai pas connu seul.

Tout le monde n’a pas la chance de vivre à Paris, monsieur. La province, voyez-vous, elle existe aussi. Et nous avons le droit à une même culture

Alors, de grâce, cessez vos remarques désobligeantes, arrêtons de nous offusquer les uns les autres, il y a suffisamment de place pour une parfaite cohabitation. Gardons notre énergie pour une lutte plus noble : je vous signale au passage qu’il y a de quoi faire en ce moment. A vous de choisir votre champ de bataille.

Jean-Robert Perrin (Guetteville-Les-Grès)

mercredi 14 novembre 2007

Echec sentimental ou pourquoi je ne vais pas, une fois encore, réussir à terminer A la recherche du temps perdu...

Je te quitte comme le mauvais amant qui le fait au téléphone ou par sms. Je te quitte sans te le dire, en t'abandonnant. Je te laisse là dans un coin de l'appartement. Je t'ignore. J'ai honte. Tu avais encore beaucoup de choses à me dire, à m'apprendre mais je pars. Ailleurs.

On s'était dit : "cette fois, on va jusqu'au bout, on oublie le reste, on oublie les autres". Mais, je suis infidèle. J'ai été infidèle dès le début. On peut rester amis si tu veux. Je ne t'oublie pas complètement. Je pourrai venir te voir de temps de temps. Mais là, j'ai besoin d'autre chose. Laisse-moi un peu respirer. Ce ne sont pas des adieux. Si tu me cherches, je serai quelque part par là:








ps: puissent les 2 seuls lecteurs de ce blog (b. et u.) m'excuser de leur piquer leurs conquêtes...

lundi 12 novembre 2007

Destin d'un livre

Il y a ceux qui osent à peine m'écarter les pages de peur de me casser le dos. Il y a ceux qui m'ouvrent pleinement, généreusement et qui me sentent, pour s'imprègner de mon parfum, de l'odeur de ma peau. Il y a ceux qui me rangent aussitôt après m'avoir acheté. Il y a ceux qui me recouvrent d'un film plastique pour me protéger.

Il y a ceux aussi qui me gribouillent, m'annotent, me stabilotent. Il y a ceux qui me lisent, et me lisent encore. Il y a ceux qui m'ont ignoré, ne m'ont jamais touché, jamais ouvert. Il y a ceux qui m'offrent, ceux qui me volent, ceux qui me reçoivent. Il y a ceux qui me prennent dans leur lit, ceux qui me préfèrent dans les transports en commun, à l'ombre d'un arbre en été, à la plage ou à la terrasse d'un café. Il y a ceux qui me redécouvrent un jour de pluie. Il y a ceux qui me tiennent serrer contre leur poitrine dans leur poche de veste. Il y a ceux qui me mettent dans leur sac entre le maquillage et le chewing-gum à la chlorophylle. Il y a ceux qui laissent leur odeur sur moi : cigarette, parfum, déodorant, humidité. Il y a ceux qui cornent mes pages lorsqu'ils me referment. Il y a ceux qui me revendent. Il y a ceux qui me tâchent. Il y a ceux qui me dévorent. Il y a ceux qui me laissent prendre la poussière. Il y a ceux qui m'essuient, me soignent, me réparent. Il y a ceux qui m'arrachent, me plient, me tordent, me déchirent. Il y a ceux qui me jettent avec leurs filtres à café et leurs pots de yaourt. Il y a ceux qui me mettent dans des cartons. Il y a ceux qui me classent, me déplacent, me cachent. Il y a ceux qui me prêtent, m'échangent, m'oublient. Il y a ceux qui m'avortent, m'ignorent, me renient. Mais il y a ceux qui me vénèrent, m'honorent et me respectent. Il y a ceux qui parlent de moi et il y a ceux qui essaient de le faire. Il y a ceux qui me mentent.

Il y a ceux qui me créent. Il y a ceux qui me nourrissent.

Et il y a les autres...

mercredi 7 novembre 2007

Modes de lecture

J'ai l'impression (et cela ne regarde que moi) que les comportements de lecteur diffèrent d'une ville à l'autre. Prenons, par exemple, le cas de Paris et de ma province. A Paris la belle, le livre fait partie intégrante de la vie citadine. Dans le métro, au bistro, dans les files d'attente, dans le bus, à vélib, on lit ou du moins on a un bouquin dans les mains et on fait semblant de lire. Dans ma province pourrie, si tu ne veux pas te faire traiter de "pédale" ou pire "d'intellectuel", mieux vaut ne pas sortir un bouquin même pour faire semblant. Bref, dans ma province-pas-jolie, on ne lit pas, enfin pas tout le temps ou très peu ou que des choses inoffensives comme du marque Lévy. Il n'y a guère qu'au lit qu'on lit. A Paris, au lit, on baise. Enfin, je crois.

Si, dans ma province fnacisée, on lit si peu, c'est peut-être aussi parce qu'il n'y a pas beaucoup de librairies de quartier, tu sais, celle dans laquelle il n'y a pas que des Folio ou des J'ai lu, et où, le libraire, en plus d'être ton dealer, est aussi un très bon ami (sinon le meilleur) qui lit aussi des livres comme toi. C'est vrai qu'au lieu de risquer une conversation hautement philosophique avec l'homme au gilet vert qui te conseille généralement la meilleure vente du mois et qui croit que José Corti est un pote dj à Ardisson, certains ont préféré faire voeu d'abstinence. De toute façon, je n'ai pas envie d'avoir un ami vendeur à la Fnac.

C'est vrai aussi que les gens ici, ils n'ont pas d'argent pour acheter des livres. Certes, c'est parfois compris dans le budget courses de la semaine, mais on préférera toujours un bon dvd à un bouquin. A Paris, ton patron, il est un peu plus sympa, non, excuse-moi, un peu moins con qu'ici, parce qu'au moins, dans ton salaire, il est prévu une petite centaine d'euros supplémentaires avec lesquels tu peux t'acheter ta dose de dope. Avec 1000 euros chez moi, moins les 5 bouteilles de whisky du mois (une par week-end pour oublier la semaine), tu ne peux même pas espérer t'abonner à France Loisirs.
Enfin, c'est peut-être parce que dans ma province zone-industrialisée, il n'y a pas de lieux propices à la lecture. Je pourrais bien essayer de lire le Bolano qu'un ami m'a gentiment conseillé dans un Kepab mais tout cela ressemblerait à une mauvaise installation d'art contemporain avec l'huile des frites et le gras de la mayonnaise qui tâchent les pages. Et dans les cafés, c'est prendre le risque de perturber l'ambiance familiale des joueurs de Rapido, ceux qui portent des vestes en cuir avec un pantalon de jogging.


Je n'ai pas envie de lire Bolano au lit, c'est tout...

samedi 3 novembre 2007

Cadavre exquis joeystarro-hegelien


Texte obtenu en croisant des lignes de la Phénoménologie de l'Esprit de tu-sais-qui et de Mauvaise Réputation le livre du grand Joeystarr.


C'est une représentation tout à fait naturelle de penser qu'en philosophie/Les journées sont bien remplies et on gagne de la thune/
Mais la vérité de cette honnêteté est qu'elle n'est pas aussi honnête qu'elle en a l'air/
Un jour se déroule une partie de belote chez un voisin de l'immeuble de Kamel/chaque individu doit tendre à la mort de l'autre/
Le renoi se lève et sort un couteau suisse/C'est pourquoi on ne constate ni élévation ni plainte/Déchiré à l'acide, on tente de rejoindre la rue Mouffetard/Mais le dieu immanent est la pierre noire dégagée de la coque/certains acides ressemblent à des crottes de nez et la tentation est immense de gober les acides et revendre tes propres crottes de nez/Ce langage supérieur rassemble et rapproche donc la dispersion des moments du monde essentiel et du monde agissant.

Lettre au lecteur de Télérama


Il y a bien pire qu'un critique à Télérama : ses abonnés.


Je ne t'aime pas lecteur de Télérama. Je te le dis franchement. On se connaît depuis longtemps pourtant.


Je viens encore chez toi de temps en temps, certain de toujours trouver l'hebdomadaire posé religieusement sur la table du salon duquel tu as viré ta télé parce que ça fait beauf d'avoir une télé, dis-tu.

Sur ta chaîne Hi-Fi, passe le dernier Amélie-Les-Crayons, de la chanson française fantaisiste à textes, estampillée nouvelle scène.

C'est normal, tu es amoureux de bons mots, de la belle syntaxe. Ce n'est pas à un hasard si tu es prof de français, pardon, prof de lettres.


Pourtant, tu t'habilles avec les oripeaux d'une culture que tu n'as pas. Tu mets un peu de Télérama ici, une touche de France Culture par là, un peu de France Inter sur les joues, un trait de Libé... Tu portes des vêtements bien trop grands pour toi et, il faut bien que quelqu'un te le dise, tu te maquilles comme une pute. Ce ne fait illusion qu'un temps. Le temps d'un café dans la salle des profs.

Dis-moi, pourquoi tes phrases se terminent toujours par "en plus Télérama a dit que c'était bien" quand tu parles d'un film que tu veux aller voir au cinéma?
D'un autre côté, quand ce n'est pas toi qui choisis, tu sens rapidement des petits picotements sur ta nuque, la sueur qui perle sur tes épaules, tes mains qui deviennent moites, le lobe de tes oreilles qui s'échauffe et ta respiration qui suit un rythme de plus en plus irrégulier. Que se passerait-il si nous allions voir un film que ce cher Pierre Murat n'a pas aimé (vu)?

Tu n'oses pas le dire mais, au fond, tu le sais bien, tu as peur de la médiocrité des classes populaires. Tu veux prouver que tu es un spectateur différent. Toi, tu as une culture. Et tu penses que c'est personnel, la culture, ça ne se partage pas. C'est un truc que seuls les gens intelligents peuvent comprendre, que seuls les lecteurs de Télérama peuvent posséder.

Allez, pose ton magazine télé cinq minutes, arrête d'aboyer sur les fautes de français des présentateurs télé ou sur la qualité toujours baissante de leurs émissions (de toute façon, tu n'as pas la télé, je te rappelle), sors une bonne bouteille de vin de ta cave, ce soir tu viens et on se regarde le dvd de Borat chez moi...

dimanche 21 octobre 2007

Tout le monde aime Raymond


Si tu vas à cette adresse, tu trouveras le blog de Federman : http://raymondfederman.blogspot.com/

Traduction d'une notule du blog de Raymond Federman


A PROPOS DE LA PREMIÈRE FOIS OU L'HOMME S'EST MASTURBE



On peut se demander ce que le premier homo sapiens a dû penser (si toutefois il le pouvait) ou faire (probablement) quand il se réveilla une nuit, dans sa grotte encore plongée dans l'obscurité, et qu'il glissa l'une de ses mains sous son slip crasseux en peau de bête pour atteindre une érection inopinée (certainement pas la première, ou du moins la première qu'il chercha véritablement à atteindre) et qu'il se mit à la toucher, la ressentir, la presser, la secouer jusqu'à ce qu'il se contorsionnât de plaisir sur sa couche puante en mousse et qu'il commençât à crier épris d'une sensation toute nouvelle, sensation à laquelle il n'était pas encore capable de donner un nom ou une explication mais qu'un homo sapiens français appelerait bien plus tard "jouissance".



Oui, on doit se demander ce que ce premier être, appartenant aux nouvelles espèces des erecti, a bien pu ressentir avant de trouver la voie du plaisir du pauvre con qui tient sa chose dans la main. Qu'a-t-il fait? A-t-il crié? Ri? A-t-il fondu en larmes? Ou s'est-il simplement levé, dans l'obscurité totale de sa grotte et encore tout chamboulé par les effets de la petite mort, pour crier à tous ses potes des cavernes : "Hé, les mecs, réveillez-vous! Vous n'allez pas croire ce que je viens de découvrir! C'est incroyable!"



Et, on peut se demander encore ce qui a pu, dans l'obscurité de la grotte, se passer la nuit suivante, quand tous les hommes des cavernes glissèrent, à leur tour, leur main dans leur slip en fourrure pour trouver ce que le premier d'entre eux avait récemment découvert.

Bien sûr, on peut se demander aussi ce que les femmes des cavernes, elles, ont fait ou ce qu'elles ont dit quand le premier homme de la tribu s'est mis à crier au beau milieu de la grotte plongée dans l'obscurité.

vendredi 19 octobre 2007

Y-a-t-il des alcools de droite?

A défaut de pouvoir trancher la question de savoir en quoi consisterait une littérature de droite, tu te dis que quand même y'a bien un truc qui doit l'être: le whisky coca.
Quelle boisson alcoolisée peut rivaliser avec l'inanité culturelle de ce subtil breuvage? Le whisky coca est, te dis-tu, la boisson de la France des Z'amours et d'Attention la marche, celle du vendredi soir qui va chez Auchan. Le cocktail zéro prise de tête que tu serres à tes potes dans les verres qu'on t'a offert au Quick. Dans la Rabatteuse (1977), un x d'auteur avec Brigitte Lahaie, il y a une scène vraiment pertinente où avant de passer à l'acte, le héros demande à une certaine comtesse ce qu'elle désire boire. La bourgeoise répond alors, avec tout le chic qui lui est sien, et juste avant de se faire défoncer le cul : " un whisky coca, très cher". Curieux héritage d'une France encore giscardienne qui, depuis l'achat d'une Renault 25 neuve en 1992, a dû, elle aussi, le temps d'une semaine de vacances estivales à Saint-Tropez, croire appartenir à la classe supérieure.

Satisfait, tu te lances maintenant dans une liste à n 'en plus finir.

Un vin de Bordeaux: de gauche, assurément.
Un vin d'Alsace : De droite
La Suze : de gauche
Malibu Coco : De droite
Picon Bière : De droite
Le ricard : de droite
Porto : de gauche
Get 27 : de droite
La bière blonde : de gauche
La bière brune : de droite

jeudi 18 octobre 2007

Y-a-t-il une littérature de droite?

L'autre jour, dans un journal un peu mieux écrit, t'as pu lire qu'il existait des écrivains dits de gauche et des écrivains dits de droite, c'est-à-dire, d'après toi, des écrivains dont on doit encenser la moindre palabre sous peine de passer pour un facho et d'autres dont on doit honteusement taire les lectures sous peine de passer pour un facho. Mieux vaut en somme être un mauvais écrivain de gauche qu'un bon écrivain de droite. Et encore, tout cela a-t-il véritablement un sens? La littérature a-t-elle à ce point besoin d'être politisée?
Bon, c'est vrai, t'as raison, tout ça n'a de sens que depuis la Révolution, c'est-à-dire depuis que les notions de droite et de gauche ont elles-mêmes véritablement un sens. De ce fait, tu te dis que toute la littérature, avant l’Assemblée Constituante de 1789, lorsque les partisans du veto royal choisirent de siéger à droite de l’Assemblée tandis que ses adversaires prirent place à gauche, était de droite. Et alors? Alors, rien, t'es pas plus avancé.
Tu te dis aussi que c'est pas parce que t'es un écrivain de droite que ton bouquin contient forcément une idéologie de droite. C'est pas faux, c'est vrai que ce sont plus les écrivains de gauche qui publient des livres à thèses ou en tout cas des écrits où la couleur du partie est clairement affichée. C'est vrai, tu l'as entendu l'autre jour à la télé. C'est vrai aussi, te dis-tu en souriant, que ce ne sont pas non plus les moins chiants.
Tu te demandes alors quoi faire d'un type comme Aragon dont tu dirais bien que c'est un écrivain de gauche qui fait des bouquins de droite?
Tout commence à devenir un peu flou alors pour toi. Incapable de mener un raisonnement à terme, tu commences sérieusement à douter de toutes tes lectures, à redouter ce moment où tu sortiras ton livre de ton sac à dos dans le métro, à flipper au moindre regard inquisiteur du quidam de la rame d'en face, à justifier tes lectures auprès de tes potes, forcément tous de gauche. Mais tu oublies simplement une seule chose :
c'est que tu ne lis pas.

mercredi 17 octobre 2007

Attention




Il paraît que tu veux te lancer dans la lecture de A la recherche du temps perdu?
Alors, ça avance?


Comme pour mieux fuir ce moment fatidique de la première page où tu scelles cet acte d'engagement solennel avec toi-même qui t'interdit d'être démissionnaire, tu t'es tourné ailleurs.

Attention de Heather Lewis.


Se plonger dans le livre de Lewis est, à vrai dire, aussi plaisant que lire la dernière lettre d'un suicidé. Tu sais, celle qu'il laisse sur une table avant de se donner la mort à côté de la boîte de Xanax, ou que tu trouves sous son corps pendu. Enfin, pas tout à fait, puisque la dernière lettre du premier inconnu qui se pend doit être aussi intéressante qu'un poème d'un ado gothique.
Non, ce qu'il ne faut pas oublier, c'est que, malheureusement, l'auteur qui nous intéresse ici s'est vraiment donnée la mort en 2002 à l'âge de 42 ans. Attention, qui porte donc bien son titre, en est la funeste annonce.

De l'héroine, on ne sait pratiquement rien. Ou alors seulement qu'elle a un boulot, une chambre chez des parents récemment partis en voyage, mais qu'elle fait tout pour ne pas y retourner le soir après une journée de travail. Ce sont d'abord des nuits à se faire payer des verres dans un bar, puis des passes, dehors, sur le parking, dans des voitures. Peu à peu, elle commence à avoir ses réguliers. Comme cet homme qui l'emmène chez lui, maison de banlieue avec piscine, vodka et femme au foyer. Il lui offre la chambre de sa fille, elle met ses fringues, dort dans le lit de la petite, elle fume, elle boit, regarde l'eau de la piscine par la fenêtre. C'est l'automne qui commence. Quand il rentre du travail, il lui demande de faire des trucs ou l'oblige à le regarder baiser sa femme violemment. Elles se rencontrent sexuellement, et partagent leurs orgasmes mais elle ne peut, à son plus grand regret, échapper au plaisir de sa bite à lui.

Tout est froid, distancié, douloureux. Aucune trace de plaisir dans le sexe. Chaque orgasme l'emmène peu à peu vers sa propre destruction.

Attention est, si l'on ose la formule journalistique insignifiante, une cartographie d'un esprit qui souffre. D'une douleur psychologique si intense qu'on se doute bien que tout est déjà perdu d'avance. On pense beaucoup au fil des pages au Mulholland Drive de David Lynch. L'écriture de Lewis est froide, violente, neutre et détachée de tout pathos embarassant, de toute vulgarité, prisonnière d'une certaine culpabilité, elle n'est au fond qu'un appel au secours étouffé que tout le monde refuse d'entendre. Une mise à mort à laquelle tu assistes avec impuissance.